Semi-marathon de Paris 2013. Chrono officiel : 1h30’44”. Tout se termine bien, malgré de gros doutes au départ. Chrono de l’an passé : 1h33’10” / chrono visé : 1h31 / chrono plus ou moins espéré : 1h30 / chrono de dingue que je ne crois pas mériter mais-sait-on-jamais-sur-un-malentendu : 1h29…
Après une bonne nuit de sommeil, petit déjeuner expéditif (café, quasiment rien d’autre). Température très froide, 2°C (mais ciel ensoleillé) : je choisis de mettre 3 couches (sous-maillot sans manches + maillot Odlo manches longues + gilet Gore). J’opte – première fois – pour la légèreté totale : ni iPhone, ni bidons d’eau. Je me satisferai des ravitaillements tous les 5 km. De toute façon, par ce froid, aucun danger de me déshydrater rapidement. Et puis je tiens très bien 1 heure sans boire, donc 1h30…
Arrivée sur place à 8h50. Je dépose mon sac à dos – plein à craquer (celui des vacances à Valandry-Les Arcs) – à la consigne. Je retrouve Philippe P. : on trottine un peu, il fait froid. Mais le soleil est là, ça compensera. J’ai évidemment très mal au dos – je me dis que ça va être une belle lutte de courir avec ça, surtout sur la fin avec la fatigue. Je crois si peu en moi que j’ai pris ma carte Velib’ en cas de défaillance, histoire de rallier tout de même l’arrivée et de récupérer mon sac – et de ne pas louper mon train…
9h30, chacun rejoint son sas. Je suis dans le 1h35 – il y a déjà du monde. Je me mets sur le bord, assez loin du départ. Je m’étire doucement, comme toujours. Un dernier pipi très classe à travers le grillage (je n’en peux plus, et je ne suis pas le seul) face aux coureurs et aux supporters qui passent par là…
10h00, c’est parti, je franchis la ligne… et démarre avec peine ma Garmin. La foule est dense, l’allure très moyenne. Impossible d’adopter d’entrée un rythme soutenu : je prends mon mal en patience, et me dis que c’est un échauffement salutaire pour la suite… [1er km : 4’38”]
Je vois au bout de 2 km que j’ai 22” à rattraper sur mon objectif d’1h30 (en fait, 1h29’57” pour une allure cible de 4’17”/km – mais j’ai fait une erreur, dont je me suis aperçu plus tard : j’ai oublié les 100 m de la fin, donc à 4’17”/km, ça fait plutôt 1h30’23”…). Je les rattraperai peut-être dans la descente de l’av. de Gravelle.
Autour de l’hippodrome, je fais le dos rond, je sais que ça monte, qu’il ne faut pas se mettre bêtement dans le rouge dès le début, et qu’à l’entraînement je n’étais pas très bien sur cette portion en essayant de tenir l’allure (ou du moins de ne pas trop perdre sur cette allure) [4’20” et 4’26” s/km 2 & 3]
En fait, ces premiers km sont étranges : je ne sens pas mes jambes, elles sont comme anesthésiées. Ainsi, sur la descente de Gravelle, je ne parviens pas à réaliser si je vais vite ou non. Je suis dans le vague, je ne suis pas très sûr, dans ma tête, d’avoir réellement commencé à courir… Sensation assez désagréable finalement. Car je vois bien que c’est signe que je ne suis pas dans un grand jour et que je n’ai pas très envie d’être là… Et puis mes 22” de retard n’ont pas bougé, je suis incapable de les reprendre [4’12” & 4’09” s/km 4 & 5].
Peu à peu, je repère une coureuse dans la foule, pile dans mon allure. On se suit depuis un moment. Elle finit par me distancer porte de Charenton, dans la descente. Je la perds de vue.
Je me réveille progressivement, mon mal de dos est supportable (même si bien présent) – il faudra que ça dure comme ça jusqu’au bout.
La montée place Félix Eboué (rue Taine), l’an dernier si facile (je me souviens l’avoir faite au téléphone avec Claire), me paraît cette fois assez dure : le cardio s’emballe, le souffle se réduit. Il faut dire que cette fois mon ambition est de tenir autour de 4’16-17”/km [4’15” s/km 8, avec la côte]. Il fait bon d’arriver en haut et de redescendre l’av. Daumesnil.
À Bastille, ravito 10 km, je me relance – j’ai des forces, je ne me sens pas si mal, mon dos est supportable. Sur les quais, je me sens vraiment bien, j’accélère. L’envie de courir est bien là. Il m’aura fallu 10 km pour la retrouver bel et bien… [4’09” & 4’12” sur les quais, km 12 & 13]
À l’Hôtel de Ville, je retrouve ma coureuse, qui était devant moi depuis un bon moment : « 1h30 ? », je lui demande. Elle ne comprend pas, me répond en anglais : elle est anglaise ! On échange quelques mots, et puis on décide instinctivement de courir ensemble. À partir de là, je cours sans penser, sans souffrir, je cours – vite, avec beaucoup de plaisir. La présence de cette Anglaise à mes côtés produit chez moi un effet euphorisant ! comme s’il ne pouvait plus rien m’arriver – en tout cas aucune défaillance. Puisque nous partageons l’effort… L’un entraîne l’autre, nous prenons des sortes de relais [4’10”, 4’14″ & 4’19” s/km 14, 15 & 16]. Ainsi jusqu’à la côte de Reuilly, où je la vois lentement, mais sûrement, me distancer – mètre après mètre… Je monte tout de même la côte à bonne allure, comme si, dans ma tête, c’était plat… [4’17” s/km 17] et j’arrive à nouveau place Félix Eboué bien cramé… Je respire un grand coup, me relâche, et repars dans la descente – il reste encore 3 km et je n’ai plus beaucoup de jus [4’09” s/km 18].
Porte Dorée, ça remonte, je suis à la peine, et même très mal… J’arrive dans le dur exactement au même endroit que l’an dernier (le long du lac) et je me dis que la souffrance va être très longue, car il reste 2 km. Je m’accroche – pas le choix – comme je peux : le souffle est court, sonore, mes jambes sont cuites, lourdes. J’ai l’impression d’un énorme effort à chaque pas, car je n’ai qu’une envie : m’arrêter – m’arrêter définitivement. Mon Anglaise est toujours en ligne de mire, 30 ou 40 m devant moi. Je la perds parfois de vue. Dernier virage av. Daumesnil, l’arrivée est encore invisible, je n’en peux plus, je n’avance plus… [4’19” & 4’25” s/km 19 & 20.]
Je vois enfin l’arrivée, elle est encore loin. À ma montre, je viens de passer 1h30, je serai donc au dessus : le 1h29 sera pour une prochaine fois (rêve un peu fou pour cette année). Déjà 1h30 tient du miracle, compte tenu de ma douleur au dos et de mes entraînements assez médiocres ces dernières semaines.
Mais attention, les secondes s’égrènent, et l’arrivée n’arrive pas, toujours pas ! Dans ma tête, une seule obsession : arriver avant 1h31, ce serait si bête… Je compte les mètres, les secondes, je sens qu’il faut que j’accélère, sinon… Je sprinte – enfin, c’est mon impression – il faut que je passe à 1h30 ! [4’07” s/km 21] Je jette toutes mes forces dans le dernier 100 mètres… Enfin la ligne ! J’arrête mon chrono 1h30’39”… Ouf ! 1h30 ! Je l’ai ! Le symbole ! le compte rond ! Je l’ai !… Mais je suis dans un sale état : hors de souffle, vidé. Cela faisait 15-20 mn que je luttais pour rester dans le coup, et c’est fini, enfin fini !
Je rejoins “mon” Anglaise, la félicite… On bavarde tout en marchant vers la sortie, tout en prenant notre médaille, notre poncho, notre morceau de banane et d’orange… On parle de tout et de rien, on se remet de notre effort (elle s’est bien donnée elle aussi). Elle me vante le marathon de Londres, me parle de ses ennuis de santé récents… Elle est très contente de sa course : elle peut ! Je verrai plus tard qu’elle a fait 1h30’14” (soit 30” exactement de moins que moi) et qu’elle est 5ème des V1 Femmes !… Et pourtant elle n’avait pas l’air comme ça… En tout cas, je lui dois mon chrono, car sans elle j’aurais cogité sur les 12-17 km, j’aurais temporisé, écouté ma fatigue, et je n’aurais pas osé aller aussi vite. Elle a été le bon “lièvre”… Moi qui aime courir en solo, je m’aperçois que courir à deux peut aussi être une bonne façon de se dépasser. En tout cas, je note qu’on peut courir avec un p… de mal de dos, ce qui me surprend beaucoup. Et je note aussi que l’écart entre mes sensations à l’entraînement (pas terribles) et la réalité de la course qui suit (plutôt bonne) est tout à fait incompréhensible, d’autant que cet écart ne cesse de croître au fil du temps, au fil des courses. A l’entraînement, je peinais à tenir l’allure 4’17”/km sur 3 ou 4000 m, et puis là, en course, je tiens plus de 20 km… Vraiment étrange. Il faudra peut-être que je m’habitue.
Pour finir, je fonce à la consigne, il y a la queue. Je patiente. Enfin je récupère mon sac, je me dépêche de prendre le métro, direction gare de Lyon. Finalement j’arrive 10 mn avant le départ du train… Donc avec un chrono d’1h40, je ratais mon train… Mais 1h40, pfff…