Récits de course

  • Bilan Paris-Dieppe (3 jours)

    Paris-Dieppe en 3 jours (en réalité Saint-Germain-en-Laye -> Dieppe).

    Programme théorique (170 km) :

    • J #1 : Saint-Germain-en-Laye -> Giverny : 52 km
    • J #2 : Giverny -> Rouen : 59 km
    • J #3 : Rouen -> Dieppe : 59 km

    Mais le programme effectif a été… de 123 km :

    • J #1 : Saint-Germain-en-Laye -> Giverny : 49 km
    • J #2 : Giverny -> Rouen : 36 km
    • J #3 : Rouen -> Dieppe : 38 km

    Récits des 3 jours :

    Première expérience de très longue distance sur plusieurs jours, donc aucune expérience… Je pensais pouvoir, à faible allure (entre 5’30” et 6’00”/km), enchaîner des distances journalières de ± 50 km, mais… non, j’en ai été incapable.

    Plusieurs raisons :

    • l’inexpérience, justement : je n’avais jamais couru plus de 42,195 km…
    • le sac à dos : d’un poids de 3,5-4 kg (dont 2 l d’eau, càd 2 kg), ça finit par peser… Je serais curieux de voir ce qu’aurait donné le même exercice sans sac – ça aurait été sans doute très différent.
    • la chaleur : journées de canicule à plus de 35°C tout le long du parcours, quasiment sans jamais d’ombre… Forcément tout l’organisme est modifié (le corps cherche en priorité à évacuer la chaleur) et la fatigue arrive beaucoup plus vite, sans compter les risques de déshydratation… (aujourd’hui, l’urgentiste Patrick Pelloux a rappelé à la radio que la pratique du sport par très forte chaleur accroissait considérablement le risque d’arrêt cardiaque, et ce, quel que soit le niveau du sportif… hum…)
    • l’alimentation : j’ai totalement éludé la question (en gros, sur le parcours, j’ai mangé 3 Grany en 3 jours…), ce qui m’a sûrement porté préjudice. Je n’ai carburé qu’à l’eau plate et (un peu) au Coca dans les bars. Mais pour le solide, il faut que je revoie ma copie et que je m’informe de ce qu’il faut faire. J’ai été frappé, cela dit, de voir à quel point je n’avais pas faim – pendant la course (ce qui peut sembler compréhensible, notamment à cause de la chaleur), mais aussi le matin et le soir, ce qui est plus inquiétant (par ex. problèmes de digestion à Rouen pendant 2h, le soir, alors que je n’avais qu’une maigre salade César dans le ventre).

    A retenir, en vrac :

    • Ma consommation d’eau a été impressionnante : j’ai dû boire 2 litres/10 km, soit 8 litres tout au long de chaque parcours… Ça me paraît incroyable et pourtant… Il est vrai que je buvais tous les 500 m environ, soit toutes les 2-3 mn (et encore, je me rationnais, j’aurais aimé boire plus – à voir tout ce que je buvais à chaque arrivée ou même lors de mes arrêts tout au long du parcours – Coca + eau – ce qui signifie que j’étais sûrement près des 10 litres/jour).
    • Ai couru avec mes “vieilles” Mizuno Rider bleues (oct. 2014) et elles ont été parfaites.
    • La crème anti-frottements Nok a été parfaitement efficace sur les pieds (absolument aucune ampoule ni aucun frottement) et plus ou moins efficace à l’entre-cuisses
    • Le short noir Gore est à bannir, même s’il a tenu (grâce à la crème Nok) pendant 30 km, il a brutalement créé d’énormes frottements à l’aine.
    • Le cuissard noir Gore convient à peu près, mais frottements très pénibles à la ceinture lorsqu’il est trempé de sueur (sinon OK à l’aine, avec de la crème Nok).
    • Le maillot blanc Gore est à bannir : frottements sous les bras (côté droit)
    • Le sac à dos noir Salomon est idéal, mais quel massacre dans le bas du dos…
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    • Ça s’est même un peu infecté… Obligé d’acheter (à Rouen) de grands pansements, mais l’un n’a tenu qu’une heure ou deux à cause de la transpiration (il était mis horizontalement – le second, posé verticalement, a mieux tenu). En revanche, le pansement sous le bras a bien tenu.
    • Le sac aurait pu être allégé de mon 2nd short noir Gore (qui, en plus, s’est avéré inadapté au très long cours) et de ma genouillère (+ 2nde peau). Quant aux affaires de rechange, n’ayant pris qu’un pantalon (très léger) + une chemise (manches longues, très légère) + une paire de chaussettes running noires… je ne vois pas ce que j’aurais pu supprimer.
    • Le gros tube de crème Nok s’est révélé INDISPENSABLE, malgré le poids.
  • Marathon Nice-Cannes 2013 – l’enfer du dimanche (récit)

    Récit publié sur CCAP le 11/11/13 :

    Marathon Nice-Cannes 2013.

    LE marathon dont je risque de me souvenir longtemps… Pas un marathon, un grand moment de survie face au vent !

    Tout avait pourtant bien commencé pour moi : une prépa de 10 semaines, studieuse, pleine de satisfactions, avec une allure AS42 (entre 4’25” et 4’30”/km) bien enregistrée, de plus en plus facile au fil des sorties, avec un bon cardio ne cessant de s’améliorer. Bref, tout allait bien et je pouvais légitimement prétendre à un petit 3h09 ou 10 (« 09 », ça sonne mieux quand même…), après 3h14 au dernier marathon de Paris en avril dernier (terminé avec des réserves, sans trop me mettre dans le rouge). Deux courses préparatoires m’avaient donné confiance : 1h11 au Paris-Versailles (je ne sais pas ce que vaut ce chrono, mais je m’étais senti bien pendant toute la course) et surtout 1h24 aux 20 km de Paris, parcouru avec beaucoup, beaucoup de plaisir et de facilité, notamment sur le 2ème 10 km (sur les quais) où je m’étais senti des ailes jusqu’à l’arrivée (41’39” sur le 2nd semi).

    En revanche, premier bémol à deux semaines du marathon : pas vraiment une fatigue physique, mais une sorte de fatigue mentale, une perte d’envie, de motivation, en fait une véritable envie d’en finir, de le courir ce p… de marathon. Sur la fin, j’ai donc trouvé le temps long et mes dernières sorties se faisaient consciencieusement, mais sans plaisir. Résultat, la dernière semaine, un seul footing de 35’ le mercredi, juste envie de faire du jus dans mes charentaises (c’est mon habitude, je cours très peu la dernière semaine).

    Enfin arrive le vendredi, 48 h avant la course. Je fais un exercice de renforcement fessier/ischio (à cause d’un mal de dos chronique depuis un an, que je soigne grâce à des séances de kiné + exercices très précis à faire quotidiennement) et là… c’est le drame ! L’ischio gauche lâche. Je me relève… Aïe ! mince, j’ai mal… Une douleur à l’arrière de la cuisse, en plein milieu, bien dans la profondeur du muscle. Douleur pas très vive, mais gênante, présente, permanente quand je marche. Mon kiné me le confirme dans l’après-midi : lésion du muscle. Il me dit que que ça va être compliqué pour le marathon… Il faudrait plus de jours de récupération pour que la douleur s’en aille. Je vois bien à sa tête que ça s’annonce mal, mon affaire. Alors de la glace, quelques exercices de renforcement, des massages, pour accélérer la cicatrisation d’ici là. Je ressors de chez le kiné le moral à zéro. Tout cet entraînement pour rien, tous ces espoirs d’un super chrono… envolés !

    Mais bon, j’ai les billets de train, l’hôtel est réservé, j’ai payé mon dossard… et puis je dois courir avec un ami, Philippe, alors… Je ne peux pas renoncer. Et puis, si je reste à Paris et que le dimanche matin je me réveille sans trop douleur, je vais avoir le regret de ma vie ! Tant pis, inch’Allah ! on verra bien. Au pire, je serai là pour soutenir mon pote Philippe, ou peut-être que je pourrai courir tranquillou avec lui (il vise moins de 4h), ça sera sympa quand même… Le soir, je prépare donc mon sac, malgré tout… mes petites crèmes, mes pansements, telle ou telle tenue s’il fait froid ou s’il fait chaud, etc. avec l’idée que je ne les sortirai peut-être même pas du sac le dimanche.

    Samedi matin, je me réveille : la douleur n’est pas passée. Je stresse, ça m’agace !… La douleur semble même s’étendre dans la cuisse. Je rejoins Philippe à la gare de Lyon. 10h47, c’est parti, le train décolle, alea jacta est ! Je continue à siroter mon Malto, en me disant sans arrêt : peut-être pour rien !

    Arrivée à Nice, température douce, huuum… Finalement, j’ai bien fait de venir, ça me change les idées, ça me change de Paris, c’est un week-end de vacances en somme ! Je récupère mon dossard, avec toujours cette idée que je ne l’accrocherai peut-être pas le lendemain… On sirote un panaché à l’apéro, et puis après je me lance dans un petit test : courir 100 mètres (je n’ai pas couru depuis plusieurs jours, et surtout pas depuis que je suis blessé). Et résultat : je peux courir. Mais avec toujours la même douleur dans la cuisse. La question est : est-ce que je pourrai courir comme ça plus de 3 h ??? Bon, j’arrête de cogiter (du moins, j’essaie) et puis on va dîner dans un très bon petit restau sans prétention à l’atmosphère conviviale (le Gesù) : une petite (grosse) part de pissaladière en entrée, des tagliatelles à la bolognaise ensuite… On rentre à l’hôtel à 21h pour le match France/NZ à la TV. Pendant tout le match, et que je masse et que je masse… Au passage : très fier de l’équipe de France – le genre de défaite qui fait du bien, car l’équipe de France a su faire déjouer les Blacks, c’est déjà pas si mal. 23h, on éteint. 23h15, je dors…

    5h55, réveil : incroyable ! j’ai dormi toute la nuit sans me réveiller – 7 h de sommeil !!! Ouahouh… moi qui suis du genre un peu insomniaque, formidable ! La nuit précédant le dernier marathon de Paris, j’avais réussi à dormir… une 1/2 heure !

    On termine de préparer nos petites affaires, et vers 7 h on quitte les lieux, direction la consigne. Petit café avant de rejoindre nos sas respectifs. Je dis à Philippe : « Jette un œil au km 10, je t’attendrai peut-être là, si ma cuisse ne tient pas ». Lui n’y croit pas une seconde, il est persuadé que ça va passer et que je vais jouer le chrono…

    1/2 heure dans le sas à attendre. Pas mal d’Italiens, toujours aussi rigolos à regarder et à entendre… « Pino ! Pino ! piano, eh ! » dit cette femme à son mari, de l’autre côté de la grille.

    Je repense aux prévisions météo, que je n’ai cessé de consulter depuis 10 jours. Ils parlaient de pluie, mais finalement Météo France a changé d’avis dans les derniers jours : pas de pluie. En revanche, ça fait 10 jours qu’ils parlent d’un vent monstrueux : 40, 50, 60 km/h… des rafales à 100 km/h. Hum. Tous les jours, j’ai cru que Météo France allait aussi se raviser sur cette histoire de vent. Mais non. Ils tiennent le cap : ça va souffler ! Sauf que depuis mon arrivée la veille, je ne sens pas grand chose. Juste un petit air du large, pas de quoi décoiffer un marathonien.

    Pan ! ça démarre. Bip la Garmin… Il y a du monde, ça avance piano piano, justement. Mais ça me va, je veux y aller aussi tranquillo tranquillo… Bon, je peux courir. J’ai mal à la cuisse. Que dire d’autre ? Que si ça reste comme ça, eh bien je m’en contenterai. Tant pis pour la gêne. Du coup, je me cale sur 4’30”/km. Si je dois m’arrêter dans quelques km, eh bien au moins j’aurai tenté le coup. Et puis courir plus lentement ne changera peut-être rien à l’affaire.

    On cavale sur la promenade des Anglais, il fait bon, je suis bien. La troupe des coureurs se disperse un peu, on a plus de place. Je regarde ma montre : aïe, 2 km seulement ! Je croyais que ça faisait un moment qu’on était partis, que le km 10 était en vue… Eh bien non ! Ça me rappelle (puisque j’avais dû l’oublier) qu’un marathon est une course longue, très longue, très très longue… et que se sentir bien au km 2 est une chose… disons… normale !

    Quant au vent, je l’attends toujours. Le ciel est couvert, il fait bon, et on sent de temps à autre un petit souffle marin tout à fait délicieux. Les dieux sont avec moi : je peux courir, il n’y a pas de vent. Je vais donc taper un chrono, le faire mon p… de 3h09 !

    Le km 10 arrive enfin. Je passe en 45’53”, soit avec 53” de retard. Ce petite retard me rassure. Ça veut dire que je suis prudent, pas fou-fou, et que je garde des forces pour la suite, pour un petit negative split comme j’ai toujours fait.  Sauf que j’ai quand même l’impression d’avoir déjà fait un semi. Bon. Cela dit, à 4’30”/km, c’est normal que je ne me sente plus tout à fait aussi frais qu’au départ… Petit paramètre que j’avais inconsciemment négligé.

    Ma cuisse me fait toujours mal, mais je me prends à l’oublier dans la mesure où la douleur n’augmente pas. A ma gauche, depuis un moment, un type qui va exactement à la même allure que moi attire mon attention : il a une dégaine d’enfer ! Belle foulée, légère, mais surtout : casquette vissée sur les sourcils, une moustache et des rouflaquettes à la Dennis Hopper dans Easy Rider… Il a le style. Il doit être américain. Je lui demande si ça va, il me dit que oui. « Too fast… » avec un sourire. J’en pense la même chose : on est bien, mais peut-être un peu « too fast ».

    A ma droite, deux Italiens qui n’arrêtent pas de pipeloter… Des Italiens, quoi. Au bout d’un moment, l’un d’eux décroche pour « fare una piccola pipi »… Ça me donne la même idée, allez. L’Italien redémarre aussi sec après son arrêt au stand pour rejoindre son pote. Moi je me dis que je récupèrerai tranquillement mon Américain plus tard, pas la peine de se griller sur 500 m pour rien. D’ailleurs je le vois là-bas, pas très loin devant moi.

    On arrive dans la Marina Baie des Anges. Ça me rappelle quelque chose. Mes parents avaient loué là un appartement en… 1979 ! Je reconnais les lieux. C’est toujours aussi laid. Et puis le parcours se délecte à loisir dans ce haut lieu du tourisme de masse soit disant un peu « classe » (enfin, à l’époque – aujourd’hui je ne sais pas) : on fait des tours et des détours. A un moment, le circuit fait un demi-tour, j’aperçois mon Américain dans l’autre sens. Je ne l’ai pas rattrapé, mais il est juste devant. On file donc toujours, lui et moi, à la même allure.

    Plus loin, vers le port de la marina, je rejoins un jeune type, pas grand, crâne rasé, qui parle à des types qui le doublent. On entame la conversation. « On en reparlera au 30ème km ! », leur dit-il. Je suis bien d’accord avec lui. Il faut y aller piano, tout à fait. La course est encore longue, on n’a toujours pas fait la moitié. Et il parle, et il parle, et je dis oui oui à tout ce qu’il me dit. « Il faut se freiner pour l’instant ! se freiner ! » Mais bien sûr que je lui réponds, mais bien sûr. D’ailleurs, je suis sincère, car je tourne au-dessus de 4’30”/km, plutôt aux alentours de 4’35”/km, ce qui est prudent. Et je me sens bien. Je sais que je vais passer le semi avec une ou deux minutes de retard et que je vais, comme d’habitude ensuite, faire un negative split sur le second semi pour rattraper ces une ou deux minutes, et certainement plus même, et que je vais donc les faire mes 3h09 !!! A l’aise ! tranquille…

    Bon, mais il me soûle un peu mon pote triathlète (il connaît surtout le marathon grâce au triathlon), il cause, il cause, mais j’en ai un peu marre. Surtout lorsqu’il me dit qu’il vise 3h20. Je me dis, dans ma tête : à force de tchatcher avec lui, je vais finir à 3h20 ! J’accélère un peu, lui dis au revoir et, sans y croire une seconde, mais pour faire le modeste : « Peut-être à tout à l’heure ! Sûrement, même ! » Tu parles, je n’ai aucune envie de le revoir…

    On sort de la marina et là, une autre course commence. On longe une voie de chemin de fer. C’est bizarre, quelque chose a changé. Ah oui, c’est ça : aïe, c’est quoi ce maudit vent de face, là, tout d’un coup ???!!! Tout le monde est en file indienne, le long du mur du chemin de fer, pour se protéger du vent. C’est plus la même limonade, là… De temps à autre, je dépasse un coureur, fais donc un écart sur la gauche pour passer, et là, vlan ! tout le vent dans la tronche ! Ouille ! On se rabat vite contre le mur…

    Et ça dure comme ça, des kilomètres. Je ne veux pas trop m’épuiser contre ce vent dont on ne parvient pas vraiment à s’abriter finalement, alors je laisse filer un peu l’allure : 4’36” s/km 18, 4’40” s/km 19, 4’35” s/km 20. Tant pis pour ces secondes lâchées en route (je suis un type prudent, je sais ce que c’est un marathon, n’est-ce pas ?), je les récupérerai plus tard, j’ai le temps…

    Vers le km 20 (ou 19, je ne sais plus), un type me double assez vite. Je suis étonné, qu’est-ce qu’il lui prend ? Quelques instants après, je sens quelque chose d’étrange dans mon dos, une rumeur grandissante… Je me retourne… ouille ! Le meneur des 3h15 ! Merde alors !!! Qu’est-ce qu’il fait là ? Ou vais-je ? Comment cours-je ? Que passa ? Ça ne va pas du tout, cette affaire ! Il NE DEVRAIT PAS être là ? Ou bien, c’est ma montre ? mon coeur ? mes poumons ? ma cuisse ? Il est inenvisageable que cette meute de rigolos me doublent ! J’accélère… Allez, au diable les amateurs en 3h15… Bibi vise les 3h09 ! Bye bye ! je me tire !… Et je leur dis au revoir.

    J’espère ne plus les revoir justement. Non mais.

    Au km 21, je passe en 1h37. J’ai donc 2’30” de retard sur mon objectif 3h09 (je devais passer à 1h34’30”). Voilà, 2’30” à rattraper. C’est dans mes cordes. Je ne suis pas trop fatigué. Je sens que j’ai les jambes. D’ailleurs, à propos, et ma cuisse ???… Eh bien, je ne sens plus rien, ou presque. Miracle ! Avec l’effort, tout ça a dû s’anesthésier, je ne sais pas. Enfin bref, tout va bien, j’ai oublié. Je n’ai plus qu’un seul ennemi : le vent !

    On arrive à Antibes. Ouf, cette p… de longue ligne droite est finie, on va peut-être s’abriter un peu du vent, je vais pouvoir – enfin ! – mettre les gaz et m’installer tranquillement sous les 4’30”/km ! Mince, je me suis entraîné pour ça, je sais que je peux tenir longtemps dans les 4’25”/km, je n’attends que ça !

    On tourne autour du port d’Antibes, le vent souffle dans les palmiers… Petite côte dans un virage au km 23 pour accéder aux remparts de la vielle ville. C’est marrant comme 30 ou 50 m d’une petite côte peut vous flinguer à ce point les mollets… A moins que la douleur ne soit bien antérieure et qu’elle ne fasse que franchir un nouveau palier. Sur les remparts, ouahou… ça souffle ! Ça souffle même carrément. Mes idées (et à présent mes souvenirs) commencent à se brouiller… Je me souviens d’une femme, genre nordique, blonde comme les blés, petit gabarit, que je suis pendant un moment et que je n’arrive pas à doubler. Dans tous les virages, crac ! elle me coince. Normal, je n’ai qu’à accélérer. C’est ce que je finis par faire. C’est curieux comme mes mollets sont déjà bien durs. C’est vrai qu’au 25ème, j’ai celui de gauche, en général, qui se manifeste. Mais là, ce sont les deux, à l’unisson, et ça ne passe pas, contrairement à d’habitude. J’essaie pourtant de me relâcher, d’adopter une foulée souple, sans forcer. Non, rien à faire, ça ne passe pas. Ma douleur à l’ischio aussi n’est pas bien loin. Elle se confond avec une douleur plus diffuse dans toute la cuisse. Bref, j’ai la pêche, mais face au vent, ça va quand même se compliquer pour accélérer l’allure. Pour l’instant, je fais plutôt le dos rond en attendant le km 30.

    Et je fais bien, car la suite ne s’arrange pas. Il semble qu’on soit un peu abrité par le vent, mais les mollets sont dans une forme très moyenne. Plusieurs faux plats montants me le rappellent : je n’arrive pas à les grimper facilement, au train. Le souffle, le cardio sont OK. Mais les jambes, ce n’est pas ça. Du tout. Parfois, j’ai tellement mal que je sens que je ne pourrai pas aller au bout. Car j’ai de plus en plus mal, et si la douleur continue d’augmenter comme ça je serai bien obligé de m’arrêter avant la ligne d’arrivée : triste perspective ! Alors je me préserve, je me ménage, je grimpe à la cool, tente de récupérer un peu de jambes et de temps dans les descentes. Du km 25 au km 28, je tourne bien quand même, j’ai le negative split dans les jambes : 4’25”, 4’29”, 4’31”, 4’32”. Enfin… de moins en moins quand même, puisque je suis censé tourner sous les 4’30”/km. C’est donc que je ramollis vers les km 27 et 28.

    Au km 29, tiens donc, 4’51” ! Mais oui, mais c’est normal, ça doit être la bonne côte du circuit. Je savais qu’elle existait (j’avais trouvé sur Internet quelqu’un qui avait le détail des difficultés du parcours et je me souvenais de ce qu’il avait dit au sujet de cette côte) et je l’appréhendais un peu. Bon, entre nous, ce n’est pas le Galibier… ça monte, certes, mais ça ne m’a pas laissé le même souvenir que la côte des Gardes à Meudon. Cela dit, avec le vent dans le nez, ça ressemble bien quand même à une côte… La preuve, mon allure chute fort ! 4’51”/km, hum… Je crois me souvenir, encore une fois, qu’avec mes pauvres mollets bien durs, je n’ai pas pu faire mieux. Dommage, je ne déteste pas les côtes, et là, pas vraiment l’occasion de m’exprimer. D’ailleurs, aucun problème de souffle, dans mon souvenir. Ce sont bien les jambes qui « dysfonctionnent »…

    Je passe le km 30 en 2h17’46” (au lieu de 2h15 prévu). J’ai donc 2’46” à rattraper pour viser toujours mon fameux 3h09… Je n’ai donc rien repris depuis le km 21. A force d’être prudent, il ne se passe pas grand chose. Mais ça me rassure, ce temps. Ça veut dire que je n’ai pas fait l’idiot et qu’il vaut mieux attendre de passer le km 30 pour « attaquer ». Je crois que c’est à ce moment-là du parcours que derrière moi, un type lance : « Bon, c’est maintenant que le marathon commence ! » Je me retourne et lui lance à mon tour : « Exactement ! » Et je le pense, et je compte bien le montrer et le démontrer ! Je me suis retenu jusque là mais je vais leur montrer qui c’est Raoul ! Ils vont voir qui c’est le negative-splitman de la mort ! Je vais leur montrer qui c’est le type qui se met à 4’20-25”/km !

    Dans mon souvenir, il me semble que j’y crois encore dur comme fer – que je vais décoller et finir à fond. Si mes mollets ne se détériorent pas plus, c’est dans la poche. Ce qui est loin d’être sûr, puisque la douleur ne me lâche pas, et a même tendance à se renforcer.

    Je me souviens d’une descente en lacets où j’ai la frite, où je me dis « ça y est, c’est parti pour le grand jeu » (ça doit être au km 31 ou 32 car mon allure est de 4’12” puis 4’20”/km). D’un coup, qui je vois ? Mon pote l’Américain ! avec sa superbe moustache et ses rouflaquettes ! C’est lui. Je passe à côté, l’interpelle, tout sourire, je suis en mode « z’allez voir ce que vous z’allez voir ». Il m’a l’air en assez bonne forme lui aussi. Mais je le quitte, j’ai du taf, j’ai un 3h09 à faire ! pas le temps de traîner ! à la revoyure ! Et je file.

    Là encore, mes souvenirs se troublent, je ne vois plus trop à quoi ressemble le paysage. Tout ce que je sais, c’est qu’à la sortie d’un virage, c’est fini. On change de course, on change de braquet. Il y avait avant. Et ça, c’était avant. Il y a maintenant autre chose, une autre course : un 10 bornes en mode soufflerie ! Et là, les rigolos comme moi n’ont pas leur place, ça va être pour les costauds. Je me souviens de longer la mer. Et non, rien à faire, je n’avance plus, ce n’est plus du vent, c’est la tempête. C’est une expérience de laboratoire. Il doit y avoir un gros ventilateur là-bas, au bout, avec des types en blouse blanche qui notent tout, analysent tout et, à l’occasion, se marrent aussi un peu…

    J’essaie tout ce que je peux, me redresser, me courber, raser le mur de gauche, le mur de droite, me coller derrière un autre coureur, filer comme un grand, me réfugier derrière un groupe de 10 coureurs (qui s’agglutinent comme par hasard, comme des animaux pour se tenir chaud), mais rien n’y fait. Ce maudit vent est partout, partout. Rien ne l’arrête, rien ne peut nous protéger. Il faut qu’on se le prenne en pleine face, s’y résoudre, serrer les dents. A ce moment, je me dis quoi ? Sans doute que c’est foutu, que je ne peux pas lutter, qu’il n’y a plus de chrono, qu’il faut que je tienne. Et puis c’est tout. Ce sera déjà bien. Je n’ai pas les jambes pour lutter contre ça. J’ai déjà la fatigue, les mollets… Alors non, pas le vent, pas à ce moment de la course, ça fait trop, je ne fais pas le poids.

    Encore une fois, ma mémoire me trahit, les images se brouillent. Je me souviens d’arriver dans un village, où je me dis que ça va moins souffler. Je vois des gens qui nous encouragent, je vois leur visage un peu atterré : on dirait qu’ils ont mal pour nous. Ils voudraient nous aider, sûrement, mais… J’en déduis qu’on doit avoir une sale tête, que ça doit bien se voir qu’on en chie des ronds de chapeau dans cette tourmente… Et dans ce village, rien n’y fait. Ni les murs, ni l’attroupement du public venu pour nous encourager ne change quoi que ce soit : le vent est partout. Pas de répit. Parfois, dans les rafales, je plaque une main sur mon dossard que je sens s’arracher de mon maillot – oh non ! pas ça ! pas le dossard ! Je veux le garder, voir ce que sera mon p… de chrono quand je serai là-bas, un jour, un jour peut-être, sous la flamme des 42,195 km ! Je croise des gens qui marchent, morts. D’autres sont à l’arrêt, ils tirent sur leurs jambes et doivent les supplier de reprendre la course. Je n’ai pas le temps de me retourner pour regarder leur visage, mais ils doivent faire de la peine à voir.

    Et moi aussi je dois faire de la peine. Mes mollets sont deux énormes blocs de béton – de béton armé ! que je balance comme je peux dans le vent. Chaque pas est un supplice et je me dis à chacun d’eux que c’est bientôt le dernier, que je ne peux plus courir comme ça, que c’est terminé dans 10 mètres, 20 mètres, 100 mètres, je ne sais pas, mais ça va lâcher, c’est sûr.

    Je revois mes temps à présent : au km 33, je dois encore y croire, 4’38”. Et puis au km 35, c’est fini : 4’51”. Km 36, 4’40” (un sursaut sans doute, ou une vague descente…). Km 37, 5’04” ! Km 38, 4’46”. Km 39, 4’56”.

    J’ai peu de souvenirs précis de ces sales p… de kilomètres dans la soufflerie, juste deux ou trois, qui m’ont marqué. Le premier, la vision d’horreur de tout marathonien : le meneur d’allure que vous avez laissé derrière vous depuis le début, qui rapplique ! Eh oui, mon pote le 3h15 est là, dans mon dos. Oh, il ne reste pas longtemps dans mon dos… Il trace ! Il continue sur sa lancée… Un instant, je me dis que je vais me coller derrière et me mettre à l’abri. D’autant qu’avec la masse de coureurs qui le suit on est bien à l’abri du vent là-dedans, bien au chaud, bien tranquille comme dans un peloton du Tour de France… Mais au bout de quelques secondes, je sens bien que ça va trop vite, que je NE PEUX PAS les suivre. Mes mollets sont affreusement douloureux, ma foulée doit être horrible à voir, j’ai l’impression de courir plié en deux – impossible de me redresser, de me relâcher car j’ai encore plus mal. Et à chaque rafale de vent, c’est encore pire, mes mollets tirent atrocement. J’en viens même à me dire « tiens, une rafale, je vais avoir mal » et c’est ce qui se passe : une rafale, 2 secondes après, les deux mollets qui lancent…

    Je vois s’éloigner peu à peu le meneur 3h15 et son groupe, je me dis que je vais finir à 3h20… Mais à ce moment-là, je ne pense plus au chrono, je ne regarde d’ailleurs plus ma montre depuis longtemps, ni mon allure, je ne pense qu’à une chose, qu’on en finisse, qu’on arrive à Cannes et que je m’allonge sur la plage…

    Quand le groupe 3h15 est déjà à 100-150 m de moi, c’est justement une montée qui m’attend, une sale montée, le long des voitures qui nous doublent en klaxonnant pour nous encourager. Un jour, je reviendrai à cet endroit précis pour voir où c’était, car les images se brouillent… Qu’est-ce que j’en ai bavé sur cette montée ! qui ne doit être, en temps normal, qu’un vulgaire petit faux plat montant. Et je le vois encore là-bas, au loin, le meneur avec son drapeau 3h15 tellement secoué par le vent qu’il se retrouve le plus souvent à l’horizontal.

    C’est peu après là, je crois, que j’ai eu une nouvelle vision d’horreur. Un type passe sur ma droite. Buste haut, foulée légère, complètement déconnecté de la course. Je le reconnais aussitôt. C’est mon copain triathlète. Je crois halluciner (j’ai peut-être halluciné !). Il est là, fringant, en footing, mais sans doute à 4’20” ou 4’30”/km – LUI !

    Il est passé comme une fusée, comme si pour lui il n’y avait pas de vent, ou bien comme s’il venait de démarrer sa course. J’ai repensé à ce qu’il me disait : qu’on en reparlerait au 30ème km. Au 30ème, il a dû sortir de son footing et a dû mettre plein gaz jusqu’au bout. Et le voilà !

    Il s’est éloigné à une vitesse incroyable. Au bout d’une minute, je ne le voyais déjà plus.

    Vers la fin, j’ai un autre souvenir – incroyable quand j’y pense – et tous ceux qui ont traîné leurs guêtres hier sur ce maudit marathon savent de quoi je parle. A un moment, peut-être vers la fin, vers le 40ème – ou bien avant, je ne sais plus – il y a un virage à 90° sur la droite. En arrivant, je vois ceux qui viennent de tourner dans une drôle de position, avec une drôle d’allure : ils sont courbés en deux, ils ont l’air de marcher. Je ne comprends pas ce qui se passe. Je tourne à mon tour. Et là, d’un coup, je m’arrête. Je m’arrête net sur place. Quelqu’un vient de m’arrêter. Ou bien quelque chose. Quelque chose d’invisible car je ne vois rien. Ah oui, c’est ça. C’est le vent ! C’est bien le vent ! C’est cette saloperie de vent qui, à cet endroit, doit s’amuser à jeter toutes ses forces. C’est incroyable, c’est surpuissant ! Je n’en reviens pas. Je croyais que j’avais connu le pire. Mais non. Mais non, le pire, c’est ça. C’est le double. Je repars, je tire sur mes mollets pour repartir. Je ressens une sorte d’impuissance, je ne peux plus avancer, et ça dure comme ça peut-être 50 m, 100 m, une vraie lutte, comme en montagne quand on passe un col et qu’on s’accroche à un rocher pour ne pas tomber.

    A ce propos, plusieurs fois déjà, à cause du vent, j’ai failli me faire un croche-pied : le vent pousse la jambe qui est en l’air et vient taper l’autre… Je suis sûr que certains coureurs sont tombés de cette façon hier.

    Dernier souvenir, je vois un coureur devant moi, que je rejoins et sur le maillot duquel je vois écrit « Butcher ». Ce nom me dit quelque chose… Ah oui, c’est le surnom d’un ami d’ami dont je sais qu’il est là lui aussi. Je le reconnais vaguement, de dos. Je passe à côté de lui. Je l’appelle par son prénom, il acquiesce en silence – c’est donc bien lui. Il n’en peut plus, il a le regard vide, il n’avance plus. Je sais qu’on avait le même objectif – le fameux 3h09 ! Pour lui aussi, c’est cuit. Je lui tends la main pour lui signifier que je le soutiens, qu’on est dans la même galère, que peut-être on peut terminer ensemble, qui sait ? Mais non, je vais tout de même un poil plus vite que lui. Je temporise. Peut-être qu’il peut venir avec moi, je ne sais pas, ce serait bien… Mais je n’ai pas la force de me retourner pour voir, je continue. Après coup, après la course, je me suis dit que pour lui ça avait peut-être été le coup de grâce, mon affaire, que je le passe comme ça. Il a dû se dire « merde, même lui ! » Parce que lui et moi (on a eu un petit échange sur Facebook quelques semaines auparavant) nous avions vu qu’il était plus costaud, plus rapide que moi sur 10 km et semi, bien plus même. Alors, au lieu de l’aider, je l’ai peut-être enfoncé un peu plus dans sa galère en le passant. Si c’est le cas, j’espère qu’il ne m’en veut pas trop, je voulais juste lui redonner du courage et l’entraîner avec moi, certainement pas l’inverse ! Bref, j’ai filé quand même. Et quand on sait que je suis dans les 4’55”/km à ce moment-là, je me dis qu’il devait être encore bien plus cuit que moi.

    Je me souviens du panneau « 41 km ». Je m’en souviens en me disant que ça y est, quand même, tout ça va finir. Je jette un œil à la mer balayée par le vent, je revois les palmiers danser, je revois des visages sur le bord de la route, qui nous regardent comme des extra-terrestres, qui nous encouragent. On lit dans leurs regards qu’on doit avoir une sale, sale tête. Je ne suis pas à plaindre, il y a pire, car je double du monde, plus à la peine que moi. On a le vent dans la gueule depuis une heure. Une heure qu’on est dans la soufflerie, à lutter, courbés en avant. On avait tous des prétentions, on était tous là pour taper le chrono, pour le 3h00, le 3h05, le 3h10, mais on est battus, on survit, on est devenus des robots, on ne voit plus rien, on court sans savoir qu’on court, on attend, on attend la fin, on attend qu’elle vienne cette putain de ligne, et elle ne vient pas, on ne la voit pas… Je ne vois pas de panneau « 42 km ». Ma montre me dit pourtant que j’ai dû le passer. Ah bon ? Tant pis. Ne plus penser. Continuer. Fermer les oreilles. Fermer les yeux. Courir.

    Le public est là, en masse, tout le long des derniers hectomètres, les coureurs se mettent en file indienne. On rentre dans le rang. On ne se double plus, personne ne peut plus sprinter, on veut juste que ça s’arrête.

    Je passe la ligne, j’arrête le chrono. Je n’ai aucune idée de mon temps. Je regarde : 3h15’40”. Je n’en reviens pas. Je pensais être au-delà, bien au-delà. C’est donc que j’avançais encore.

    On me donne une médaille. Je n’ai jamais été aussi heureux de la recevoir. Quelques mètres plus loin, c’est une bande d’éclopés. On se regarde tous, l’air de dire : « Mais qu’est-ce qui s’est passé ? Qu’est-ce qui vient de se passer ??!… » On est tous hébétés, on ne comprend pas ce qu’on vient de faire. On comprend seulement qu’il s’est passé quelque chose qu’on n’avait pas prévu. Et ce qui est sûr, c’est qu’on a tous des chronos de m… Les uns et les autres se parlent, on reprend nos esprits. On veut savoir si pour les autres aussi ç’a été pareil, si on a bien vécu la même chose… Mais oui, tous dans la même galère. Oui, oui, on a tous eu ce même putain de vent dans la gueule pendant 20 km… Ah oui, tous le disent. J’en croise un qui partait pour faire 3h00 : il finit à 3h21. Un autre, un Corse, parti pour faire 3h05 : il termine à 3h22. Et pour tous, c’est la même chose. Finalement, je me dis que je m’en sors bien avec mon 3h15. Ça aurait pu être tellement pire. J’aurais pu finir en marchant, c’est certain. Je ne sais même pas comment j’ai pu courir avec des mollets aussi douloureux. Mes temps sur la fin sont du même tonneau que depuis le km 32 : 4’51” au km 40, 4’59” au km 41, 4’53” au km 42, 4’46” sur la fin. Il faut croire que j’ai réussi à m’accrocher et à ne pas lâcher complètement. J’en suis le premier surpris. Je pensais que je n’avançais vraiment plus par moments, face au vent.

    Tiens, qui je vois arriver ?… L’ami américain ! Il est là ! vivant ! les yeux écarquillés – mais sans sa casquette ! Forcément qu’il ne l’a plus, arrachée par le vent à coup sûr, partie dans la stratosphère… Il me parle, je ne comprends rien à ce qu’il me dit, il a un drôle d’accent… « Where are you from ? – Vienna. » Zut alors, un Autrichien ! Ah non, pour moi t’es mon pote « l’américain »… Oui, c’est ça ! je recolle les morceaux, t’es Dennis Hopper dans le film de Wenders, « L’ami américain » ! c’est bien ça, j’ai trouvé !…

    Je me dirige vers la plage. J’ai un mal fou à descendre les escaliers… Je m’allonge dans le sable. Je suis mort.

    Au bout d’un moment, je repense à mon ami Philippe. Il est 12h15, pas de nouvelles… Aïe. Où est-il ? Où en est-il ? Je m’inquiète. Je me dis que vu ce que j’ai enduré, il doit être quelque part dans un sale état. Je remonte vers l’arrivée, le cherche. Je prends mon téléphone, veux lui laisser un message. Mais, là je m’aperçois qu’il m’a lui-même laissé un message. Ouf !

    Dans son message, lui aussi s’inquiète. Il en est resté à mon ischio, il se dit que je suis sûrement dans un camion de pompier ou en train de faire du stop quelque part… Je l’appelle. Tout va bien ! Il est déjà remonté vers la gare. Je lui demande comment ça s’est passé pour lui… « Oh très bien ! J’ai fait 3h53 ! » Oh la vache !… C’est son deuxième marathon, il avait fait 4h11 à Paris, et voilà qu’il vient de gratter 20 mn ! « Non, le vent ne m’a pas gêné… » me dit-il. Oh my god, il a couru où ???… Je comprends surtout qu’il a couru sans taper dans la réserve, pas comme moi, pas comme nous tous, les rigolos qui approchent des 3h00 et qui forcent la machine pour se persuader qu’ils n’en sont vraiment pas loin. Sauf qu’aujourd’hui, il fallait rabattre son caquet, faire un peu moins le prétentieux. Et prendre au sérieux le grand invité du jour : ce maudit vent !

    C’était mon 4ème marathon. La première fois, je m’étais baladé à Paris (il y a un an et 1/2) avec 3h34 ; baladé encore à La Rochelle, il y a un an, avec 3h21 ; baladé aussi il y a 6 mois, de nouveau à Paris, avec 3h14. Mais là, j’ai payé. Je sais maintenant ce que c’est d’en baver sur les 10 derniers km. Certes, j’ai une belle excuse, cette tempête tropicale qui nous a tous flanqués par terre. Mais je ne me voile pas la face. Même sans vent, est-ce que ça se serait aussi bien passé que ça ? Mes mollets durs comme du béton au 25ème km, c’est vraiment le vent ? Sûr sûr ?… Pas certain, non. Peut-être, mais peut-être pas. Je ferais bien de m’en souvenir la prochaine fois. Ce sera à Paris, au mois d’avril. Et ce sera quoi, l’objectif ? Je vous le donne en mille : 3h09. Forcément.

  • Marathon de Paris 2013 (récit)

    Marathon de Paris 2013. Tout commence le 7 avril à 8h45. Enfin, pas tout à fait… Ça a commencé avant, il y a 3 ans, quand j’ai décidé de me remettre à courir après une opération du genou (un an avant). Une sortie par semaine, à fond, entre 15 et 20 km. Donc du n’importe quoi. En fait ça a commencé il y a un an et 1/2, quand j’ai décidé de m’acheter des chaussures dignes de ce nom, qui ne me fassent pas mal à chaque sortie, et quand j’ai décidé de suivre un plan d’entraînement. Et puis ça a commencé il y a un an pile, lorsque j’ai décidé de participer à mon premier marathon, celui de Paris, précisément. 3h34. J’avais tellement peur de ne pas aller au bout que je m’étais freiné pendant 42 km, daignant accelèrer sur les 195 derniers mètres. En fait, ça a commencé en janvier, quand j’ai commencé ma prépa sur 13 semaines, avec en février les Foulées de Vincennes, 10 km et 40’26”, et le semi-marathon de Paris en mars, 21 km et 1h30.

    Non, en fait ça a surtout commencé samedi, veille de la course. Le soir, je me couche tôt. Sagesse, prudence, concentration. Tellement sage, tellement prudent, et tellement concentré que je ne m’endors pas. Impossible. Dans ma tête, je cours. Je passe à Bastille, je traverse le Bois de Vincennes, je repasse à Bastille, je cours sur les quais, je passe devant le Trocadéro, je monte dans le Bois de Boulogne, les spectateurs m’encouragent, plus que 6 km, plus que 4, plus que 2, porte Dauphine, j’accélère, je passe la ligne… yes ! 3h15 ! Je suis un héros. Comme un skieur avant de dévaler la pente, qui visualise sa descente, un virage à droite, un virage à gauche, un saut, revirage à gauche, etc. Je visualise tout, je cours. Et je ne ferme pas les yeux. 1h40, je tombe, m’endors. 2h16, je me réveille. J’ai bien dormi. Je regarde l’heure. Aïe. Il faut que je me rendorme, merde ! 3 h. J’écoute la radio. 4 h, pas sommeil. 5 h, il faudrait que je dorme au moins une heure… 6 h, si je m’endors, je ne me réveillerai pas… 6h45, il faut que je me réveille ! Heureusement, ouf, je n’ai pas dormi… Je vais donc me lancer à l’assaut de ces 42,195 km avec une seule petite demi-heure de sommeil… Mon dieu, j’en frissonne par avance.

    Enfin, je me lève. Super frais. Je m’habille, me prépare, bois, mange ma part décongelée de Gatosport du marathon de La Rochelle d’il y a 6 mois… Je me fais un café, fume une petite cigarette pour me détendre… Je termine de m’habiller, je sors, croise un de mes fils qui vient de se réveiller et qui m’encourage… Adios. Je pars à la guerre.

    Premier contact avec l’air extérieur… pu… tain ! qu’il fait froid ! Métro. Miromesnil, je termine à pied, en courant, pour m’échauffer. Pu… tain ! qu’il fait froid !

    Je rejoins mon sas (3h30) une 1/2 h avant le coup de pistolet. Bizarrement pas grand monde, je me place devant, derrière les 3h15 dont j’espère faire partie à l’arrivée…

    8h40, j’enlève mon sac en plastique… brrrrrrr… quel froid glacial, je tremble, de partout… brrrrrr… 8h50 et quelques, c’est parti, bip la Garmin. Objectif 4’37”/km, 3h15 – un peu plus ou un peu moins, on verra (mais, dans ma tête : oh oui, moins de 3h15, ce serait tellement bien ! Si j’applique exactement mon plan de course et le 4’37”/km, ce sera 3h14’48” e-xac-te-ment).

    Rue de Rivoli, j’essaie de rentrer dans l’allure. Je regarde mon cardio : déjà plus de 155, aïe. Je sais que je dois rester le plus longtemps possible sous les 160, au moins jusqu’au semi, pour pouvoir passer au-dessus ensuite et finir à peu près bien. Mais c’est mal barré, au bout de quelques km, j’y suis à 160. Et je ne redescendrai plus.

    Les sensations sont médiocres : jambes un peu lourdes, pas beaucoup de jus, et puis ces 4’37”/km, mine de rien pour moi, c’est rapide… Et je me dis que je ne tiendrai pas jusqu’au bout comme ça. Voilà, c’est ça le marathon pour moi, c’est passer tout le premier semi à me dire que je ne tiendrai pas l’allure jusqu’au bout, que je surestime mes forces, que je ferais mieux de ralentir, d’assurer, que je suis gourmand et que je vais le payer. Une heure et demie de gamberge, de rumination, d’auto-flagellation… Je déteste ce premier semi. Dans la montée rue de Reuilly, je me supplie d’y aller cool, de ralentir, mais je n’en fais qu’à ma tête… Je garde l’allure, je m’accroche. C’est les montagnes russes, ça redescend vers la porte Dorée : je me refais une santé, fais baisser le cardio tout en récupérant les quelques secondes perdues dans la montée… Et puis ça remonte vers le lac… Je connais par cœur cette portion du parcours, puisque je m’entraîne là tout l’année, que je connais les moindres faux plats, que je sais parfaitement où le cardio s’emballe et où il s’apaise un peu…

    Dans la descente de l’av. de Gravelle, en lisière du bois, ça descend… je connais la route par cœur, je sais qu’on peut se refaire une santé à cet endroit, qu’il faut même en profiter ! que le cardio baisse, que les sensations reviennent, que l’allure gagne 10 s facile… C’est ce que je fais. Mais rien à faire : ma minute de retard est toujours là, plus ou moins. Marre ! qu’est-ce qui se passe ?…

    Au début de l’avenue Daumesnil, c’est le semi, le portail libérateur ! Pour moi, c’est essentiel. Psychologiquement, je me transforme, je me débarrasse de ma gamberge : OK, c’est bon, j’ai fait la moitié, je terminerai ! Je sens bien à ce moment-là si oui ou non j’ai les réserve pour un nouveau semi, et à quelle allure. Je sais si je peux accélérer un peu ou non. Je prends mon temps pour décider. J’attends la Bastille. J’écoute ce que me disent mes jambes. Je laisse gentiment mon cerveau s’imprégner des dernières informations physiologiques… En retour, je laisse mon cerveau gentiment imprégner mes jambes de ma volonté FAROUCHE d’accélérer et de finir dans le temps que je me suis donné. Je passe Bastille, on tourne à gauche vers la Seine. Ça descend un peu. Allez, 2 km que je cogite et que je délibère avec moi-même : j’y vais, j’accélère. Marre de cette minute de retard ! Il faut que je la reprenne. Si c’est pour finir à 3h17 ou 18, c’était vraiment pas la peine !

    Peu à peu, sans brutalité, j’améliore ma foulée, je prends un rythme très légèrement plus rapide. L’idée est justement d’être très progressif, pour ne pas heurter l’organisme, ni ensuite, psychologiquement, m’offrir une compensation quelconque et trouver un prétexte à ralentir. Comme un régime alimentaire : pour que ça marche, il faut y aller en douceur, mais avec détermination.

    Au 25ème km, sur les quais, le mollet gauche m’envoie un signal… aïe ! Il semble dur, aïe ! Je me décontracte, ralentis très légèrement, 50 m, 100 m… ça va mieux, ça semble passer. Mais alerte tout de même.

    Dans le long tunnel sur les quais, je me sens bien. Il fait moins froid, les jambes tournent toutes seules, tout a l’air d’aller, même si je trouve que… ça va vite quand même !

    Au Trocadéro, drôle de sensation, une espèce de faux plat misérable (dénivelé positif d’1m50, à tous les coups) qui paralyse soudain toute la troupe – moi compris. Impression de monter un col, aïe : c’est là qu’on se dit qu’on est bien entamés pour subir autant un vague faux plat.

    A la Maison de la Radio, je passe près de chez Philippe O… C’est moi qui le vois ! Je l’interpelle, m’agite ! Il m’aperçoit, me fait des grands signes, surpris… Je poursuis. Ça m’a fait du bien de le voir ! C’est le seul supporter que j’ai…

    La suite, peu de souvenirs… C’est dur, c’est long… mais c’est bon ! je gère la fatigue. Mais je continue à un bon rythme. Le Bois de Boulogne est étrangement silencieux, les organismes sont à la peine, peu de spectateurs. Au fond de moi, je suis heureux, je sais qu’il ne reste que quelques km et que j’ai assez de réserves pour tenir à un bon rythme. km 36 4’36”, puis 4’29”, 4’32”, enfin au km 40 4’22”, km 41 4’32”, km 42 4’26”, et les 500 derniers mètres 3’51”/km !

    Peu avant l’arrivée, au moment de quitter le rond-point de Dauphine, j’aperçois Claire qui crie dans la foule des spectateurs ! Je me retourne un bref instant, lève les bras, crie ! Mais je continue, je fonce vers la ligne d’arrivée… qui me donne l’impression, d’ailleurs, de ne jamais arriver…

    Bip ! ça y est ! la ligne est franchie, j’arrête la montre… 3h14’20” ! Eh bien voilà, c’est fait, objectif moins de 3h15 rempli ! Six minutes de moins qu’au Marathon de La Rochelle il y a six mois … Je ne suis pas venu pour rien, et surtout, à Paris, sur un parcours que je ne trouve vraiment pas facile, plein de faux plats partout… Heureux ! vraiment heureux !

    Je repense à mon premier marathon ici même il y a un an, et de l’émotion que j’avais eue en franchissant la ligne, le côté surréaliste de la chose, d’avoir couru aussi longtemps, d’être parvenu à boucler ces 42,195 km… et je repense à cette fatigue que j’avais ressentie dans les minutes qui avaient suivi, cet espèce d’écroulement intérieur… Eh bien, cette fois, un an après, au même endroit, les choses ont changé : la fatigue n’est plus aussi forte, les jambes marchent agréablement… C’est le métier qui rentre !

  • Semi-marathon de Paris 2013 (récit)

    Semi-marathon de Paris 2013. Chrono officiel : 1h30’44”. Tout se termine bien, malgré de gros doutes au départ. Chrono de l’an passé : 1h33’10” / chrono visé : 1h31 / chrono plus ou moins espéré : 1h30 / chrono de dingue que je ne crois pas mériter mais-sait-on-jamais-sur-un-malentendu : 1h29…

    Après une bonne nuit de sommeil, petit déjeuner expéditif (café, quasiment rien d’autre). Température très froide, 2°C (mais ciel ensoleillé) : je choisis de mettre 3 couches (sous-maillot sans manches + maillot Odlo manches longues + gilet Gore). J’opte – première fois – pour la légèreté totale : ni iPhone, ni bidons d’eau. Je me satisferai des ravitaillements tous les 5 km. De toute façon, par ce froid, aucun danger de me déshydrater rapidement. Et puis je tiens très bien 1 heure sans boire, donc 1h30…

    Arrivée sur place à 8h50. Je dépose mon sac à dos – plein à craquer (celui des vacances à Valandry-Les Arcs) – à la consigne. Je retrouve Philippe P. : on trottine un peu, il fait froid. Mais le soleil est là, ça compensera. J’ai évidemment très mal au dos – je me dis que ça va être une belle lutte de courir avec ça, surtout sur la fin avec la fatigue. Je crois si peu en moi que j’ai pris ma carte Velib’ en cas de défaillance, histoire de rallier tout de même l’arrivée et de récupérer mon sac – et de ne pas louper mon train…

    9h30, chacun rejoint son sas. Je suis dans le 1h35 – il y a déjà du monde. Je me mets sur le bord, assez loin du départ. Je m’étire doucement, comme toujours. Un dernier pipi très classe à travers le grillage (je n’en peux plus, et je ne suis pas le seul) face aux coureurs et aux supporters qui passent par là…

    10h00, c’est parti, je franchis la ligne… et démarre avec peine ma Garmin. La foule est dense, l’allure très moyenne. Impossible d’adopter d’entrée un rythme soutenu : je prends mon mal en patience, et me dis que c’est un échauffement salutaire pour la suite… [1er km : 4’38”]

    Je vois au bout de 2 km que j’ai 22” à rattraper sur mon objectif d’1h30 (en fait, 1h29’57” pour une allure cible de 4’17”/km – mais j’ai fait une erreur, dont je me suis aperçu plus tard : j’ai oublié les 100 m de la fin, donc à 4’17”/km, ça fait plutôt 1h30’23”…). Je les rattraperai peut-être dans la descente de l’av. de Gravelle.

    Autour de l’hippodrome, je fais le dos rond, je sais que ça monte, qu’il ne faut pas se mettre bêtement dans le rouge dès le début, et qu’à l’entraînement je n’étais pas très bien sur cette portion en essayant de tenir l’allure (ou du moins de ne pas trop perdre sur cette allure) [4’20” et 4’26” s/km 2 & 3]

    En fait, ces premiers km sont étranges : je ne sens pas mes jambes, elles sont comme anesthésiées. Ainsi, sur la descente de Gravelle, je ne parviens pas à réaliser si je vais vite ou non. Je suis dans le vague, je ne suis pas très sûr, dans ma tête, d’avoir réellement commencé à courir… Sensation assez désagréable finalement. Car je vois bien que c’est signe que je ne suis pas dans un grand jour et que je n’ai pas très envie d’être là… Et puis mes 22” de retard n’ont pas bougé, je suis incapable de les reprendre [4’12” & 4’09” s/km 4 & 5].

    Peu à peu, je repère une coureuse dans la foule, pile dans mon allure. On se suit depuis un moment. Elle finit par me distancer porte de Charenton, dans la descente. Je la perds de vue.

    Je me réveille progressivement, mon mal de dos est supportable (même si bien présent) – il faudra que ça dure comme ça jusqu’au bout.

    La montée place Félix Eboué (rue Taine), l’an dernier si facile (je me souviens l’avoir faite au téléphone avec Claire), me paraît cette fois assez dure : le cardio s’emballe, le souffle se réduit. Il faut dire que cette fois mon ambition est de tenir autour de 4’16-17”/km [4’15” s/km 8, avec la côte]. Il fait bon d’arriver en haut et de redescendre l’av. Daumesnil.

    À Bastille, ravito 10 km, je me relance – j’ai des forces, je ne me sens pas si mal, mon dos est supportable. Sur les quais, je me sens vraiment bien, j’accélère. L’envie de courir est bien là. Il m’aura fallu 10 km pour la retrouver bel et bien… [4’09” & 4’12” sur les quais, km 12 & 13]

    À l’Hôtel de Ville, je retrouve ma coureuse, qui était devant moi depuis un bon moment : « 1h30 ? », je lui demande. Elle ne comprend pas, me répond en anglais : elle est anglaise ! On échange quelques mots, et puis on décide instinctivement de courir ensemble. À partir de là, je cours sans penser, sans souffrir, je cours –  vite, avec beaucoup de plaisir. La présence de cette Anglaise à mes côtés produit chez moi un effet euphorisant ! comme s’il ne pouvait plus rien m’arriver – en tout cas aucune défaillance. Puisque nous partageons l’effort… L’un entraîne l’autre, nous prenons des sortes de relais [4’10”, 4’14″ & 4’19” s/km 14, 15 & 16]. Ainsi jusqu’à la côte de Reuilly, où je la vois lentement, mais sûrement, me distancer – mètre après mètre… Je monte tout de même la côte à bonne allure, comme si, dans ma tête, c’était plat… [4’17” s/km 17] et j’arrive à nouveau place Félix Eboué bien cramé… Je respire un grand coup, me relâche, et repars dans la descente – il reste encore 3 km et je n’ai plus beaucoup de jus [4’09” s/km 18].

    Porte Dorée, ça remonte, je suis à la peine, et même très mal… J’arrive dans le dur exactement au même endroit que l’an dernier (le long du lac) et je me dis que la souffrance va être très longue, car il reste 2 km. Je m’accroche – pas le choix – comme je peux : le souffle est court, sonore, mes jambes sont cuites, lourdes. J’ai l’impression d’un énorme effort à chaque pas, car je n’ai qu’une envie : m’arrêter – m’arrêter définitivement. Mon Anglaise est toujours en ligne de mire, 30 ou 40 m devant moi. Je la perds parfois de vue. Dernier virage av. Daumesnil, l’arrivée est encore invisible, je n’en peux plus, je n’avance plus… [4’19” & 4’25” s/km 19 & 20.]

    Je vois enfin l’arrivée, elle est encore loin. À ma montre, je viens de passer 1h30, je serai donc au dessus : le 1h29 sera pour une prochaine fois (rêve un peu fou pour cette année). Déjà 1h30 tient du miracle, compte tenu de ma douleur au dos et de mes entraînements assez médiocres ces dernières semaines.

    Mais attention, les secondes s’égrènent, et l’arrivée n’arrive pas, toujours pas ! Dans ma tête, une seule obsession : arriver avant 1h31, ce serait si bête… Je compte les mètres, les secondes, je sens qu’il faut que j’accélère, sinon… Je sprinte – enfin, c’est mon impression – il faut que je passe à 1h30 ! [4’07” s/km 21] Je jette toutes mes forces dans le dernier 100 mètres… Enfin la ligne ! J’arrête mon chrono 1h30’39”… Ouf ! 1h30 ! Je l’ai ! Le symbole ! le compte rond ! Je l’ai !… Mais je suis dans un sale état : hors de souffle, vidé. Cela faisait 15-20 mn que je luttais pour rester dans le coup, et c’est fini, enfin fini !

    Je rejoins “mon” Anglaise, la félicite… On bavarde tout en marchant vers la sortie, tout en prenant notre médaille, notre poncho, notre morceau de banane et d’orange… On parle de tout et de rien, on se remet de notre effort (elle s’est bien donnée elle aussi). Elle me vante le marathon de Londres, me parle de ses ennuis de santé récents… Elle est très contente de sa course : elle peut ! Je verrai plus tard qu’elle a fait 1h30’14” (soit 30” exactement de moins que moi) et qu’elle est 5ème des V1 Femmes !… Et pourtant elle n’avait pas l’air comme ça… En tout cas, je lui dois mon chrono, car sans elle j’aurais cogité sur les 12-17 km, j’aurais temporisé, écouté ma fatigue, et je n’aurais pas osé aller aussi vite. Elle a été le bon “lièvre”… Moi qui aime courir en solo, je m’aperçois que courir à deux peut aussi être une bonne façon de se dépasser. En tout cas, je note qu’on peut courir avec un p… de mal de dos, ce qui me surprend beaucoup. Et je note aussi que l’écart entre mes sensations à l’entraînement (pas terribles) et la réalité de la course qui suit (plutôt bonne) est tout à fait incompréhensible, d’autant que cet écart ne cesse de croître au fil du temps, au fil des courses. A l’entraînement, je peinais à tenir l’allure 4’17”/km sur 3 ou 4000 m, et puis là, en course, je tiens plus de 20 km… Vraiment étrange. Il faudra peut-être que je m’habitue.

    Pour finir, je fonce à la consigne, il y a la queue. Je patiente. Enfin je récupère mon sac, je me dépêche de prendre le métro, direction gare de Lyon. Finalement j’arrive 10 mn avant le départ du train… Donc avec un chrono d’1h40, je ratais mon train… Mais 1h40, pfff…

  • Marathon de La Rochelle 2012 (récit)

    Récit publié sur CCAP le 26/11/12 :

    Bonjour à tous,

    Peut-être que quelques-uns s’en souviennent, j’avais raconté ici en juin dernier mon premier 10 km.

    Alors je me dis que je pourrais raconter mon second marathon… celui de La Rochelle.

    Pour quoi faire ? Eh bien si j’aime lire des récits de course, il est possible que celui-ci intéresse, n’est-ce pas ?… Histoire de partager ses impressions, ça peut nous aider à y voir « plus clair » et rompre aussi avec la « solitude du coureur de fond »…

    Pour faire rapide : je suis un coureur de 41 ans, qui s’entraîne sérieusement depuis 1 an et 1/2 (première course Paris-Saint-Germain-en-Laye en juin 2011), avec aujourd’hui 4 entraînements/semaine.

    Bref, La Rochelle 2012…

    D’abord, petit récap’ depuis juin dernier. Un été studieux à courir deux fois par semaine des footings tranquilles avec des passages plus rapides, selon l’inspiration (sorte de fartlek ?). Et puis début septembre, début d’un plan sur 12 semaines en vue de La Rochelle. À mi-parcours, les 20 km de Paris, courus cette année en 1h27 (- 2 mn / 2011).

    Bref, La Rochelle 2012…

    Eh bien… ç’a été pour moi une course fantastique, au-delà de mes espérances… Je n’avais qu’une seule référence, mon premier marathon – celui de Paris – couru en avril dernier, avec un temps de 3h34’05 ». C’était mon premier, je voulais le finir, juste le finir, donc je l’avais couru sans trop forcer, en accélérant juste sur le dernier km (ah oui, j’ai eu peur jusqu’au bout du mur, de la défaillance, de la crampe, etc.) Je l’avais couru assez fatigué (j’avais mal digéré les dernières sorties du plan, avec 4 sorties/semaine, j’avais mal dormi les jours précédents, j’avais « stressé », j’étais en petite forme). Moralité : j’étais content de le finir, et j’étais content de mon chrono, somme toute pas si mal pour un premier.

    Bref, La Rochelle 2012…

    Cette fois, j’étais en meilleure forme. Après la grosse sortie longue de 2h25 il y a trois semaines, j’avais eu la sagesse de supprimer deux sorties et de repartir d’un meilleur pied la semaine suivante. Puis la dernière semaine, juste un petit footing le mardi et hop… ensuite, plus rien. Juste des pâtes, des patates, du pain, et de l’eau… et aussi du Malto les 3 jours précédents la course ! Un peu lassant ce Malto. Si bien que le dernier jour (samedi), je n’ai pas pu finir… écœuré, la nausée, mal au ventre. Beurk, le glycogène, ça va 5 minutes !

    Bref, La Rochelle 2012…

    Arrivée le samedi soir en train, retrait du dossard dès la sortie de la gare, puis direction l’hôtel (un petit truc pas cher, à 5 mn du départ, impeccable). Le soir, je cherche un resto près du marché (j’avais le souvenir d’une très bonne petite gargote, mais je ne la retrouve pas), donc je sors le iPhone : « pizzeria La Rochelle », et hop je tombe sur « Rigoletto, rue du Chef de Ville ». J’avais envie d’une pizza ! surtout pas de pâtes ! Résultat, très bonne pizza, ambiance très agréable, service ultra-rapide… Manquait juste le feu de bois… mais bon, ne faisons pas le difficile (en tout cas, je recommande l’endroit – ils avaient d’ailleurs une menu « marathonien » à base de pâtes… si certains ne peuvent s’en passer la veille).

    Bref, La Rochelle 2012…

    Retour hôtel, grosse migraine, grosse fatigue, envie de me coucher tôt (mes nuits d’avant n’ont pas été terribles). Je prépare mes petites affaires pour le lendemain, méticuleusement, comme un grand maniaque (que nous sommes tous, j’en suis sûr). Je consulte la météo, j’évalue, soupèse, me décide : ce sera un petit sous-maillot sans manches sous un maillot Gore manches courtes. Il ne devrait pas pleuvoir, et en tout cas faire assez doux (±12°C). 22h45, j’éteins (après une grosse déprime devant le spécial Céline Dion présenté par Drucker…). Je m’endors en courant dans ma tête, normal… Premier réveil 2h, j’ouvre un œil, je me rendors. Deuxième réveil 3h, j’ouvre deux yeux, me rendors difficilement. Troisième réveil à 4h, je suis bel et bien réveillé, petit pipi, c’est fini, ma nuit est terminée… J’écoute la radio en podcast dans le noir. J’attends. 6h30, je me lève, pour m’occuper et je commence à me préparer. Tranquillement, méthodiquement, comme si j’allais sur la lune…

    Bref, La Rochelle 2012…

    Petite clope à la fenêtre en regardant le jour se lever (oui, une petite clope avant la course pour aller aux toilettes, chez moi c’est radical et systématiquement efficace… chacun sa méthode). 8h, je décolle. Le jour apparaît (que les nuits sont longues), je trottine jusqu’au départ. Les coureurs, souvent en groupe, en famille, convergent. Moi, pauvre Calimero, je suis tout seul… Mon « partner » Philippe avec qui je devais partager ce week-end n’a pas pu venir à cause de son job, snif – et gros snif pour lui, je le sais bien. Il est au Maroc, sur un tournage, il bosse dur, on a échangé quelques textos. Il m’encourage.

    Bref, La Rochelle 2012.

    8h55, je vire mon superbe sac poubelle bleu ciel (qui ne m’a servi à rien, vu qu’il fait une température très agréable). Je me prends en photo avec mon iPhone, avec le port en arrière-plan. J’ai une sale tête – l’air pas réveillé – bref, concentrons-nous sur la course…

    9h, c’est parti. Cette conne de Garmin (il n’y a pas d’autre mot) ne m’affiche pas le cardio, la pile doit être morte… Un peu capricieuse, cette montre (pas la championne du monde de la fiabilité, je m’en suis souvent aperçu), mais bon… on fera sans, tant pis.

    Premiers hectomètres au milieu de la foule, ça n’avance pas, ça bouchonne, bref, ça tient plutôt du footing de décrassage que de la compèt’. Je vise comme allure 4’51″/km pour un chrono de 3h24 (ah oui, c’est précis, ça rigole pas). Moralité, au bout de 2 km, je suis à 5’/km. Pas un drame, mais ça m’énerve. Il faut que j’accélère un peu pour rattraper ce foutu km de m… Je n’aime pas beaucoup ça. Peu à peu, le rythme s’installe. Je tiens gentiment les 4’50 », je suis même un peu en-dessous. Je me fais doubler par tout le monde. Je me dis qu’il vaut mieux être prudent, qu’un marathon, c’est long… et qu’il sera toujours temps de changer d’allure dans la deuxième partie. Pour l’instant, on s’échauffe, on ne prend aucun risque, on se tient à son objectif.

    On sort de la ville, on longe la mer, le temps est couvert. Les « faubourgs » de La Rochelle sont un peu moches… On m’avait dit : La Rochelle, c’est plat, c’est roulant… Mouais, quelques bons faux plats sont là pour démentir la chose. J’aurais aimé du vrai, vrai plat. Du coup, sur ces petites « côtes », je laisse l’allure remonter – toujours ma crainte de forcer. Et puis, tous ces panneaux « km 26 », « km 30″… Oh la déprime, dire qu’on va repasser là dans 1h30 ou 2… Ah oui, ça va être long.

    Au bout de 10 km, je me dis que je me sens bien. Je me souviens qu’à Paris, à cet endroit du parcours, j’avais déjà très mal aux jambes (mais je n’étais pas… en jambes). Mais je gamberge, je n’arrête pas de me dire : ça va être long, ça va être long… Tiens, la Garmin donne finalement ma fréquence cardiaque… N’importe quoi, cette montre. Je vois en tout cas que je ronronne autour de 155-157, ce qui est nettement mieux qu’il y a 6 mois, où j’étais déjà autour de 162 dès le premier semi.

    Et puis, c’est quoi, ce meneur d’allure 3h30 devant moi depuis le départ ??? Je vise 3h25 et je ne le rattrape pas depuis 15 km ??? Vu que je respecte mon plan de course, c’est lui qui se plante ! Il n’est pas du tout autour de 4’55 »-5’/km, mais alors pas du tout, vu que je suis en dessous des 4’50″/km depuis le début. Ceux qui le suivent pour faire 3h30 vont être contents de se mettre dans le rouge à cause de ce gugusse…

    Du coup, au 16ème km, alors qu’il est à 50 m devant moi et que l’écart ne se ressert pas, je m’énerve… J’accélère, j’en ai marre de le voir ! Du coup, ça me coûte un peu, je descends autour de 4’40″/km, et ça dure un moment, il y a tout un troupeau derrière lui, peu de place pour passer… Bref, après 1 ou 2 mn de lutte, je le passe. Et là, tout d’un coup, plus personne sur la route. Le silence. Ouf. Ça fait du bien. Je ne me retournerai jamais pour voir où est ce fichu meneur. Débarrassé.

    On revient dans le centre-ville, sur le port. Du monde. Beaucoup de monde. J’ai ‘impression de passer un col de montage en vélo… Jamais connu une telle sensation. On nous acclame, on est des héros ! Pfff, on n’est pas encore des héros, on vient juste de faire la moitié à une petite allure… on en reparlera plus tard. A nouveau, un peu d’embouteillage, ça m’énerve, ça ralentit un peu. Et puis là, coup de fil (bah oui, je cours avec mon téléphone au bras pour avoir Mme Runkeeper dans les oreilles et qu’elle me dise mon allure tous les km – et puis ma femme va m’appeler, j’aime bien pouvoir être joint en course… – je sais, c’est débile). Bref, je décroche (juste besoin d’appuyer sur le petit bouton du fil de l’oreillette, je vous rassure). C’est le père d’un copain de mon fils à Paris… « Je suis sur le marathon de La Rochelle, j’arrive à la moitié, il m’en reste 21 ! — Ah d’accord, je te laisse ! » À mon ton de voix, je sens que ça va, que je suis bien, pas essoufflé, tranquille. Ça me rassure, en un sens. Le cardio est toujours bon, c’est-à-dire juste sous les 160.

    Mais à partir de là, il va se passer un truc ! Dans ma tête, ça bascule. Parce qu’en passant la flamme des 21 km, je regarde mon temps à ma montre et je vois 1h43 et quelques… Or, je regarde mon petit bracelet où j’ai écrit mes temps de passage pour 3h24 et je vois que j’ai… près d’une minute de retard ! Ouh que ça m’énerve. J’avais respecté mon plan, résultat, j’ai une minute de retard ! Et pourquoi donc ? Eh bien parce que tout bêtement, je n’avais pas fait gaffe que si on suit Runkeeper ou la Garmin, on fait plus de kilomètres ! Eh oui. En restant à 4’50 ou 51″/km, eh bien ça ne suffit pas pour le kilométrage officiel. Et voilà, tout simplement (quand j’y pense, j’aurais pu comprendre ça avant).

    Du coup, je me dis : bon, là, t’as couru tranquille, t’as fait ton petit peinard, sauf que tu es à la bourre. Et maintenant, il faut la rattraper cette p… de minute ! Donc je décide que je vais la reprendre sans forcer sur quelques kilomètres, en augmentant l’allure d’environ 10 secondes par km. Et au bout de 6 km, je l’aurai reprise ma minute. Et puis après, je continuerai à courir un peu plus vite que sur le premier semi pour ne pas reprendre une minute ! C’est tout simple, c’est mathématique, il n’y a plus qu’à courir.

    Et là, c’est l’emballement. Je descends donc autour de 4’40-45″/km. Et je me sens bien. C’est mon allure. C’est cette allure-là que, systématiquement à l’entraînement, je rejoignais, malgré moi. Je n’arrivais jamais à tenir les 4’50″/km. J’étais toujours au-dessus, et surtout en-dessous. Et bien j’y suis. J’y suis, j’y reste. Les jambes sont dures, commencent à fatiguer. Mais la foulée est bonne. Le plaisir est là. Je cavale. Je double du monde.

    Inévitablement, la seule question qu’on se pose dans ces cas-là, c’est : est-ce que je ne suis pas en train de faire la plus grosse « connerie » de ce marathon ? Est-ce que je vais tenir ? Est-ce que dans 5 km je ne vais pas ralentir brutalement pour cause de plus de jus du tout ? Est-ce que je ne suis pas un rigolo – comme tous ceux qui m’ont doublé sur le premier semi ?

    Et là, il faut bien le dire, il n’y a qu’une seule vérité : les sensations. C’est quoi, cette histoire de « sensations ». C’est quoi, ces mystérieuses « sensations », propres à chacun, impossibles à définir, à décrire, à communiquer, à expliquer ? Eh bien, c’est ce truc vague, intime, profond, ce petit signe envoyé par toutes les parties du corps pour nous dire où on en est. La tête s’en mêle, comme n’importe quelle autre partie du corps, et si elle a la gnaque elle aussi, elle dit : OK, feu vert, vas-y, tu peux, ça va passer, t’as de quoi tenir jusqu’au bout.

    Et ça, au 25ème km, c’est déjà du sûr : je vais tenir, je le sens.

    Au 30ème km, petit coup de fil de ma femme (oui, je vous avais dit qu’elle m’appellerait) : « Ecoute, si tout se passe bien, c’est dans la poche, je me sens bien ! » Je dis ça avec conviction, sûr de mon coup. Elle me dit (ma femme, je suis toujours au bout du fil) : fais attention, hein, n’en fais pas trop. (Qu’est-ce qu’elle peut dire d’autre ?)

    Mais oui, je fais attention, je sens bien qu’au 30ème km, j’ai la pêche pour finir fort les 12 derniers km. Et puis si je me plante, je ralentirai et puis ça ira quand même. Pas de panique.

    Donc j’accélère encore. Le 30ème km, je le fais en 4’36″/km, le 31ème à 4’40″/km. Le 35ème, 4’34″/km. Il paraît qu’il y a un mur entre le 30ème et le 35ème km… pouah ! rien à foutre, j’ai les jambes, il est pas pour moi, ce mur ! Je cavale, les jambes tournent toutes seules. Et le pire ? Le pire, dans tout ça ? C’est le plaisir… cet extraordinaire plaisir à courir – se sentir aller vite… Oh, bien sûr, je connais mon niveau, je suis un rigolo, je ne suis pas sous les 3 h… mais, à mon niveau, voilà, je vais vite, je sens que je vais vite, et c’est tout ce qui compte…

    Avec cette fabuleuse sensation de doubler tout le monde, de laisser à l’arrêt tous ceux que je croise (sûrement les mêmes qui m’ont dépassé au km 4…). Et j’en vois des âmes en perdition, il n’y a même que ça. Arrivé au 37ème km, je commence quand même à en avoir marre de cavaler comme ça… L’arrivée est encore loin, je sais qu’il n’y a plus que 5 km, qu’en théorie, ce n’est rien. Mais ça va être long, long, long. Bien sûr, je pourrais ralentir, me mettre au chaud dans les 4’50″/km, parce que de toute façon j’ai repris tout le temps que je devais reprendre, je les ai mes 3h24, je les ai… Mais non. Je ne me suis pas mis dans cet état depuis le 21ème km pour me reposer à la fin… je continue !

    39ème km, 4’28″/km. 40ème km, 4’30″/km. Je vole ! Les jambes font mal quand même, je ne comprends même pas comment, avec autant de fatigue dans les jambes, je peux courir encore à cette allure. Ça doit être dans ma tête, je veux tout donner, je veux un chrono qui ait de la gueule ! Et puis zut, je suis si près du but, il suffit juste de garder l’allure, laisser les jambes filer, comme elles font depuis 20 km, comme en vélo quand on est lancé et qu’il n’y a qu’à tourner tranquillement les pédales pour garder sa vitesse…

    On arrive dans l’espèce de port très moche au sud de la ville (qu’est-ce que c’est moche, ce coin), les coureurs que je croise sont à la ramasse, mais du coup, c’est cruel, c’est con, mais qu’est-ce que ça motive de passer à côté à fond !

    Enfin, la flamme du dernier kilomètre ! C’est simple, c’est écrit dessus : « Dernier kilomètre »… On ne peut être plus clair… Mais, là, tout de même, je ne suis plus en grande, grande forme, et ce dernier kilomètre va être long, long, long…

    Résultat, je suis à 4’24″/km autour du 41-42ème km… J’en ai tellement marre que j’ai encore accéléré (sans m’en rendre compte). Et les 700 derniers mètres : 4’11″/km… Ouh la… Je suis au milieu de la foule, je me faufile entre les spectateurs et les autres coureurs pour passer, j’essaie de courir comme si je venais de démarrer, en m’appliquant sur la foulée, sans m’effondrer à chaque pas, je garde la tête haute, je balance les bras, j’ai encore un peu de jus pour finir.

    Et puis le tapis bleu (après quelques dizaines de mètres sur des pavés très, très casse-gueule quand on n’a plus de jambes – un truc à y laisser une cheville), 30 mètres, 20 mètres, 10 mètres… Bip la Garmin, bip Runkeeper. Et là, mes cuisses me disent : t’as bien fait d’arrêter, on n’aurait pas continué longtemps comme ça…

    Je suis en vrac, tout le monde a l’air de zombies autour de moi… certains sont assis par terre, ou sur des chaises, le regard perdu. Je n’arrive pas à lever la jambe de 20 cm pour qu’on me retire ma puce sur la chaussure, tellement j’ai mal… J’avance, on me donne des huîtres !!! Il y a une minute, j’étais au championnat du monde à côté de Zatopek et là, un gars joufflu, aux joues bien rouges, le sourire magnifique, me donne une bourriche d’huîtres… Je ne comprends pas bien, peut-être que les huîtres sont bonnes pour la récupération ? Ah non, c’est pas pour manger tout de suite ? C’est pour emporter ?

    Mon regard croise un autre coureur, on se parle, on se tutoie, on a l’air tout aussi à la ramasse… on discute, on est contents. On reste 10 mn à papoter comme ça, on boit, on est bien, on se remet, on se congratule. C’est nous les Zatopek.

    Je repars à mon hôtel, seul comme Calimero, avec mon super chrono dont je suis si fier, je dois bien l’avouer. Ah oui, mais au fait, il est de combien, ce chrono ?… Ah bah désolé, je n’ai pas fait 2h40, malgré mes grandes envolées lyriques…

    Mon temps est de 3h21’37 ». Voilà. Il y a 6 mois, je faisais 3h34’05 », et là, boom. Ce n’était pas prévu, pas du tout prévu, c’est venu comme ça.

    S’il y a 6 mois j’avais fini au sprint avec pas mal de réserves, j’avoue que cette fois, je suis allé vraiment au bout, je n’aurais jamais pu faire mieux, pas cette fois. J’ai touché ma limite. Ce temps, c’est ce que je vaux, un point c’est tout. Rien à triturer pour dire que j’aurais pu faire moins de 3h20 ou je ne sais quoi de ce genre. Non, non, c’est bien ça. Et peut-être même que j’étais dans un bon jour et que je n’arriverai pas à la refaire la prochaine fois, il faut que je me le dise.

    Bilan : le premier semi s’est fait en 1h43’44 » (4’56″/km), et le second en 1h37’53 » (4’37″/km). Ce sont vraiment deux courses très différentes, c’est très marrant. Cela dit, à la réflexion, ma stratégie de course n’a sans doute pas été optimale, l’écart étant trop grand. J’aurais dû partir un peu plus vite et être plus constant. Mais est-ce que je pouvais savoir, moi, ce que j’avais exactement dans les jambes ? Si je l’avais su… Je ne veux pas partir trop vite, je ne veux pas finir un marathon en souffrant. Je préfère donc « assurer », et c’est ce que j’ai fait. Mon prochain objectif sera peut-être de refaire à peu près le même temps, mais en courant à une vitesse plus constante sur tout le parcours. Maintenant que je me connais un peu mieux…

    Merci à tous les lecteurs,

    Bravo à tous ceux qui étaient là sur ce parcours, ce dimanche à La Rochelle.

    Bonne récupération à tous ceux qui s’étaient lancés à l’assaut d’une course ce week-end !

    Pour ma part, 10-15 jours totalement off avant de reprendre des petits footings tranquilles en décembre, et puis objectif Semi et Marathon de Paris au printemps.

    À bientôt pour de nouvelles aventures !

  • 10 km L’Équipe 2012 (récit)

    Récit publié sur CCAP le 24/06/12 :

    Ce matin, 10 km « L’Équipe », dans mon quartier… c’est-à-dire dans le 11ème arrondissement de Paris. Pratique de partir de chez soi en footing pour se rendre au départ. La météo est pourrie, comme depuis des semaines sur notre chère capitale. De la pluie est prévue. Pour l’instant, ciel couvert, mais pas d’eau.

    9h20 : rendez-vous avec mon cher ami Philippe CAPiste récent comme moi. Personnellement, j’ai découvert la CAP à la faveur d’une opération des ligaments croisés du genou, il y a 3 ans. 1 an après l’opération, envie de refaire du sport (je faisais du rugby, d’où les ligaments…), alors je me suis mis à courir. N’importe comment et avec n’importe quoi aux pieds – des chaussures Adidas qu’on m’avait données. J’ai passé une année à faire des sorties « débiles » : je partais vite, continuais vite, et rentrais chez moi après 15 ou 20 bornes, crevé, lessivé… mais content de moi ! Du coup, je sortais 2 fois par semaine et ça me suffisait comme ça. Au milieu de ça, quelques rares footings (j’avais l’impression de me traîner et que ça ne servait à rien – quelle bêtise !!!). Bref, tout faux. Et puis j’ai rencontré un jour un coach qui m’a « recadré » pendant 1h30 : on a peu couru, il m’a dit que ma foulée était nulle (il me l’a dit plus gentiment), m’a conseillé tout un tas de choses que j’ai enregistrés (et qui sont naturellement partout expliquées sur ce merveilleux site conseils-courseapied.com). Résultat, je me suis acheté des chaussures dignes de ce nom (Mizuno Rider, un must pour moi, au lieu de mes Adidas de m… qui ont eu raison un jour d’un de mes ongles et qui me gratifiaient de magnifiques ampoules au bout d’une heure). Et puis je me suis appliqué à suivre un entraînement tout aussi digne de ce nom sur conseils-courseapied.com, 3 séances par semaine (crevant au début). Et puis je me suis acheté une jolie montre (Garmin, la 110, je crois). Et ma vie de CAPiste a changé du tout au tout… C’était il y a moins d’un an, à l’automne dernier.

    Depuis, 20 km de Paris en 1h29 (mais j’avais commencé à m’entraîner « sérieusement » depuis 3 semaines), puis surtout le Semi-marathon de Paris en 1h33 et le Marathon de Paris en 3h34. Il me restait à me confronter à un 10 km. C’est chose faite.

    Donc, après cette petite digression/présentation, me voilà en train de tournicoter autour de la colonne de la Bastille, en vidant gorgée après gorgée ma petite bouteille d’eau. Pas de iPhone, pas de gourde, pas de gel, quel plaisir de ne pas partir en excursion !

    Que de monde au départ, il paraît qu’on est près de 10000 ! Je rejoins mon sas (- de 45 mn), un « chauffeur de salle » est à donf, perché sur son petit échafaudage. Il court (sur place), saute, balance les bras… dans la foule, certains l’imitent. Je n’aime pas beaucoup cette agitation à 10 mn du départ. Je m’étire dans mon coin, doucement, regarde les chaussures des uns, les lunettes des autres, quleques looks recherchés, admire les cheveux gris de quelques vétérans, et puis les rares femmes présentes… Je m’occupe, j’ai hâte, je me sens tout petit, tout nul au milieu de tous ces coureurs super équipés qui ont l’air d’être des pros… Ça me rappelle le rugby où je tremblais en sortant des vestiaires en voyant le gabarit de l’équipe adverse. Je me disais « mais qu’est-ce que je fous là ??? ». Là, pareil, qu’est-ce que je fous là ?

    10h00 : c’est parti, ma Garmin recherche encore un peu son satellite (bizarre, cette façon de se perdre 1 mn avant le départ) et bip ! je démarre. Je connais le parcours par cœur, je suis un local, j’ai répété mes gammes depuis 3 semaines, par petits bouts. J’ai bien fait car j’ai vu que je visais une allure d’enfer et que j’étais incapable de la tenir. Je me suis fait des 4’05″/km, des 3’52 », etc. du grand délire ! car ma FC n’a pas suivi du tout et je me suis retrouvé à bout de souffle après chaque 2000 m que je faisais à cette allure. Bref, l’objectif est d’y aller molo molo, histoire de finir autrement que sur les rotules – et surtout de finir ! Vu que je n’ai jamais fait de 10 km, je me méfie ! (de moi-même)

    Donc je pars… tout le monde démarre tranquille, on est absorbé par le rythme général, on se fait sa place (du monde !), on adopte une bonne foulée, on se tient droit, on balance bien les bras, et… j’essaie aussi de « sentir » un peu mes nouvelles chaussures (Mizuno ! encore et toujours, mais des ‘Précision’ cette fois, parce que c’est plus léger et que j’en avais envie – sauf que je les ai achetées hier et que je ne les ai pas encore testées – ne jamais faire ça !!! – mais bon, pour 10 km, je ne risque rien…).

    On tourne place de la République, je regarde ma montrer : ouch ! 4’04″… Aïe, parti vite quand même, c’est pas boooon… mais comment faire ? tout le monde court à cette allure, je me sens bien, la FC est bonne, le souffle est discret… on verra plus tard.

    L’avenue de la République commence, jolie montée d’1,5 km, en pente douce, mais ça monte quand même ! Je sais qu’à cet endroit je dois être à 4’15 » minimum pour ne pas arriver essoufflé là-haut, au Père Lachaise (je l’ai bien vu à l’entraînement). Résultat, je continue à la même allure… 4’10″/km… Hum… Mais puisque je ne force pas… Au croisement de l’av. Parmentier, je vois ma femme et l’un de mes fils, je tape dans les mains, j’ai la patate, ça ne fait que quelques minutes que je cours…

    En haut de l’avenue, au Père Lachaise (km 3), finalement tout va bien, pas trop essoufflé (étrange, à l’entraînement j’étais dans un autre état). On arrive sur du plat, légèrement descendant (bd de Ménilmontant, av. Philippe Auguste). Je me dis que je vais me refaire une santé, mais bon, non, je le sens bien, tant pis, je me mets sur le terre-plein central parce qu’il y a décidément trop de monde et j’ai autre chose à faire que du slalom… Du coup, 4’01″/km.

    On arrive place de la Nation, je commence à me dire que ce serait bien qu’on arrive… Mouais, je n’ai couru que 4,5 km… Seulement ? Là, je me dis : il va falloir tenir, je n’ai pas fait la moitié.

    Place de la Nation, gros vent de face, aïe, j’ai horreur, impression sérieuse que ça ralentit… Le doute s’installe.

    Tiens, km 5, un ravitaillement (je ne savais pas qu’il y avait un ravitaillement pour un 10 km). Je me dis que je boirais bien une petite gorgée ou deux, je saisis au vol une petite bouteille, je m’arrose, je bois mes deux gorgées (pas facile à cette allure) et balance la bouteille encore à moitié remplie dans la poubelle (panier à 3 points, pour une fois). Du beau gâchis, tout de même.

    Sur le cours de Vincennes, on a l’avantage (façon de parler) de croiser ceux qui sont devant car il y a un demi-tour un peu plus loin. Je les regarde, je m’attends à voir des pros voler dans les airs, j’observe surtout des types pas plus frais que moi qui commencent à se « tasser ». Ça ne me rassure pas.

    Je fais mon 1/2 tour et je me dis qu’il en reste encore plus de 4 (des km) et que ça ne va pas être simple si je veux garder mon allure (4’10 » au km 5 puis 3’59 » au km 6).

    On descend le boulevard Diderot, cool, je vais me « refaire » (je ne pense qu’à ça). Sauf qu’en même temps, un idée vient parasiter cette belle résolution : et si j’accélérais ? Après tout, l’arrivée n’est pas loin… plus que 3-4 km, je vais forcément tenir le coup (à côté d’un marathon, ce genre de course, c’est du pipi de chat – qu’on se dit dans ces cas-là). Bingo, je profite de la descente pour me refaire une belle foulée et accélérer un peu l’allure. Résultat : 4’03″/km au km 7.

    Sauf que là, ça va quand même se compliquer : on tourne rue de Reuilly (oh que je connais bien, je dois y passer 2 ou 3 fois par semaine, mais en descente !), et là… ça monte ! Aïe, quelle saloperie cette rue de Reuilly (déjà faite au Semi et au Marathon de Paris). Finalement, je me dis, tant pis, c’est la dernière côte, je suis presque arrivé, je la monte au train, allez, on balance les bras, je ne vais pas me laisser faire ! Résultat : 4’09″/km sur le km 8.

    Arrivé au bout de la rue, place Félix Eboué, je me dis que… ouh la… le souffle, c’est bof, et les jambes, c’est bof bof. Ce serait bien qu’on arrive.

    Mais il reste 2 km, et à ce rythme, je commence à douter sérieusement de mes capacités. On tourne rue de Charenton, je me dis qu’on arrive dans pas longtemps… je maintiens l’allure. Au pire je déclinerai un peu à la toute fin et je finirai dans un sale état, mais je ne vais quand même pas me ramollir si près du but… Résultat sur le km 9 : 3’47″…

    Et là, on se dit que sur le panneau, là-bas, au loin, ça doit être écrit « 10 km ». Sauf qu’entre le 8ème et le 10ème, il y a le 9ème. Pas de bol.

    Et le 9ème, apparemment compte double.

    Je suis sur l’avenue Daumesnil, autour de moi, ça tire la langue. Tandis que moi, je… tire beaucoup beaucoup la langue. Ah c’est ce truc blanc, là-bas, l’arrivée ? Merde, c’est loin, loin, très loin. On la voit de loin cette p… d’arrivée.

    A vrai dire, cette longue ligne droite d’1,5 km est une HORREUR !!! Je crache mes poumons, j’ai les jambes en coton, et plus j’avance, plus j’en bave !… Voilà que j’ai carrément envie de vomir ! Voilà que j’ai du mal à fixer l’horizon, ma tête tangue !… Ouille ouille… Je me demande même si je cours toujours… on dirait que je cavale sur place dans une salle de gym…

    De 100 mètres en 100 mètres, ça se rapproche vaguement, et toujours cette nausée… et puis… ben tant pis, soyons trivial, j’ai même la fin du système digestif qui n’a plus l’air de contrôler grand chose… Je me retiens !

    Et puis, finalement, au bout d’une heure de combat avec moi-même, je franchis la ligne ! Dans un sacré mauvais état… Jamais ressenti autant de fatigue, même lors d’une séance de VMA un peu costaud… Là, c’est… psssssschiiiiiiit…

    Je verrai en rentrant que j’ai tenu ce dernier km en 3’56″… En fait, je fonçais pour en finir, sans m’en rendre compte…

    Résultat final : 40’57 » (54″ me dit ma montre, je la crois, c’est l’électronique de la course qui délire… 😉

    Eh bien, je confirme, un 10 km, c’est violent. La fin est terrible. Je voulais me la jouer un peu cool, et puis finalement, on se laisse entraîner…

    Mais, au final, c’est du bon, forcément. On se dit que c’est une très bonne expérience, que ça permet d’atteindre une allure qu’on ne soupçonnait pas, qu’on arrive à tenir un bon moment quand même – utile pour le semi où j’ai tourné à 4’22 » de moyenne. Peut-être que je pourrai descendre la prochaine fois un petit peu en dessous des 4’20″…

    Evidemment, je pense à la prochaine fois : essayer de descendre sous les 40 mn… Mais je sens que la minute en moins va être très, très compliquée… Une minute sur un 10 km, c’est du lourd, et il me faudra peut-être plus d’un an pour y arriver. Et puis, à 40 ans, il faut rester raisonnable…

    Bonne(s) course(s) à tous !!!