XXIV. S10.2 – STL 2/3 125 km Paris-Dieppe [Giverny-Rouen, 36 km]

Deuxième étape de mon périple Paris-Dieppe sur 3 jours.

Programme du jour : Giverny -> Rouen : 59 km. Mais je n’ai réalisé que 36 km… les 23 derniers km ayant été fait en auto-stop…

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Départ 11:00 de Giverny. Le soleil est déjà haut et les jambes sont assez douloureuses. J’ai quelques doutes sur la journée à venir. Mon genou (gauche) n’a pas l’air très en forme non plus. Ce n’est qu’à partir de Vernon (km 4) que je commence à aller mieux. La route est affreuse : j’avais imaginé de la jolie départementale tranquille et bucolique, mais ce sont de longues lignes droites où voitures et camions se croisent à toute allure.

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Je n’attends  pas comme la veille le km 20 pour m’arrêter car aujourd’hui est prévue une plus forte chaleur encore, 37°C. Et comme je suis en plein soleil… Ma seule préoccupation du jour sera donc de m’hydrater correctement (ce que je n’ai peut-être pas fait suffisamment la veille). Je m’arrête donc au km 11 dans un “routier” sur le bord de la route. Ambiance “routier”… Au comptoir, un type engage la conversation sur la couillonade de l’été : l’affaire du burkini… « Moi, c’est pas en bateau que je te les renverrais dans leur pays, ce serait à la nage, avec leur burkini ! » Ah ah ah, et ça rigole à côté. Heureusement, le Coca reste toujours aussi délicieux après une 1h de course. Je repars et… oui, ça cogne bien ! Vraiment une sale route en ligne droite et sans ombre. Et, sans arrêt, toutes ces voitures et ces camions qui me croisent à pleine vitesse. Arrivé à l’entrée de la petite ville de Gaillon (km 16,5), je vois… un Mc Do ! Un peu tôt pour un 2ème Coca, mais tant pis ! je fonce… Bonheur de la climatisation, bonheur que ce Coca… Et la petite caissière qui me prépare une grand verre d’eau glacée pour ma poche d’eau… En sortant, je sens que je ne suis pas très bien, alors que je n’ai pas encore fait 20 km. La chaleur est terrible, pas un souffle d’air. Rouen me paraît très, très loin… J’y renonce secrètement. Je ne vise plus que d’avancer le plus possible et de finir en auto-stop.

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Gaillon

Je traverse Gaillon (petit bourg assez mignon, qui commence à fleurir vraiment la Normandie) puis, en sortant, que vois-je ? Une côte de dingue, toute en ligne droite, bien comme il faut sous le soleil (2-3 km de longueur).

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Côte à la sortie de Gaillon

Je prends mon courage à deux mains et décide de la gravir en courant, même à faible allure. En haut, à nouveau, un plateau sous le cagnard… où foncent les voitures… Je pense déjà à me ravitailler car, malgré mon plein chez Mc Do, mes réserves s’amenuisent (je bois environ tous les 500 m, et je pourrais boire 2 fois plus, je pense). Malheureusement, pas l’ombre d’un village au milieu des champs de blé. Au km 23, j’aperçois un panneau : “Fontaine Bellenger”.

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Un nom si évocateur me tente… Je vais sûrement trouver de l’eau dans ce patelin. Je décroche de ma route pour rejoindre le village… qui s’avère complètement désert, sans commerce, sans âme… Et me voilà à errer dans ces rues sans air, à me dire que je viens de faire 1 ou 2 km supplémentaire pour rien – il faut que je rejoigne la route, là-bas, et elle me paraît loin…

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Je me traîne sous la chaleur, et je suis obligé de me rationner en eau, ne sachant pas quand je pourrai me ravitailler. Enfin arrive au km 25 un semblant de village (quelques maisons en bord de route). J’aperçois une boulangerie, mais qui ne m’inspire pas. Je demande à une femme s’il y a un bar à proximité. Elle me dit de rejoindre le “centre”, ce que je fais (évidemment en marchant). Je trouve le bar : il est fermé.

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Alors je retourne dans la boulangerie. La patronne me dévisage : « Vous courrez par ce temps? Vous savez que c’est très dangereux ?… » Bref, je lui achète un Coca… Je m’assois dans la salle à coté qui fait “café” : je n’en peux plus, je dégouline littéralement sur place, je n’ai peut-être jamais autant transpiré… Je me rafraichis abondamment dans les toilettes, je m’asperge d’eau froide, je bois… et je mange mon 3ème (et dernier) Grany – même si je n’ai absolument pas faim. Je reste longtemps au frais, en regardant la route et les voitures qui passent de l’autre côté de la vitre. J’évalue mes forces : je sais que je n’irai pas en courant en Rouen, je vise plutôt Pont-de l’Arche, dont je vois sur un panneau que c’est à 15 km. Je dois en être capable, et je ne ferai pas les 20 suivants pour Rouen, tant pis. Je reprends un Orangina, aussi frais, aussi bon. Je dis à la patronne que je ne m’attendais pas à une telle chaleur dans cette région à la fin août, et elle me répond, d’un air satisfait : «Eh, en Normandie, on n’est pas des pédés ! » Il est temps que je reparte. Et je repars. La départementale longe l’autoroute de très près, je regarde les voitures filer à toute allure vers Rouen… Et moi qui fais du sur-place. Au km 29 commence une très longue descente (enfin). Mais je n’arrive pas à “récupérer”, je suis comme sur du plat, avec les quadriceps douloureux en plus. Les lignes droites succèdent à d’immenses rond-points qu’il faut chaque fois contourner, et les rond-points succèdent à de longues lignes droites, toujours plus longues sous le soleil.

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A la sortie de Saint-Etienne-du-Vauvray, je vois une côte qui traverse un bois, et qui me paraît terriblement longue… Je me dis que je n’y arriverai peut-être pas. D’autant que depuis quelques minutes, des douleurs très vives apparaissent à l’entre-cuisses (les frottements du short ont fait en réalité de gros dégâts) : je remets mon cuissard qui, lui, avec la transpiration, me lacère la taille… Bref, ça sent la fin. Je monte la côte à 2 à l’heure. Jusqu’à ce que je m’arrête.

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Je repars. Je cours 500 m. Je marche. Je repars. Je cours 250 m. Je m’arrête. C’est fini, je n’irai pas plus loin. Compte rond, 36 km. Ridicules comparés aux 59 km prévus, mais tant pis. Je ne peux tout simplement plus courir, alors à quoi bon ? Je me repose 10 mn à l’ombre, histoire d’enlever mon sac et de reprendre ma respiration. Puis je fais du stop de l’autre côté de la chaussée, en plein soleil. Les voitures défilent. Au bout de quelques minutes, enfin, quelqu’un a pitié, une camionnette… Le type me parle anglais : il est polonais ! (Ah, les Français, quel peuple charmant, aidant, généreux, qui fait toujours la leçon aux autres)

> Suite jour #3…

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Cathédrale de Rouen