XXIV. S10.3 – STL 3/3 125 km Paris-Dieppe [Rouen-Dieppe, 38 km]

Troisième étape de mon périple Paris-Dieppe sur 3 jours.

Programme du jour : Rouen -> Dieppe : 59 km. Mais je n’ai réalisé que 38 km… les 21 derniers km ayant été fait en auto-stop…

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Départ 12:00 de Rouen. Je ne sais pas du tout ce que va être la journée. J’ai évidemment très mal aux jambes avant même de commencer… J’envisage même de faire 5 ou 10 km et de reprendre mon train pour Paris depuis Rouen. Je sais déjà que j’arriverai pas à rallier Dieppe en courant, c’est une certitude.

 

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La bonne nouvelle, c’est qu’il y a quelques nuages et que la température semble moins étouffante. La mauvaise nouvelle, c’est que pour sortir de la ville, il y a une côte ahurissante (Mont Saint-Aignan) qui doit être à 15% ! Je la monte en marchant – pas le choix. Mais, parvenu au sommet, succède un long plat puis une très longue descente, où je retrouve un peu mes jambes, d’autant que les nuages font de l’ombre. Je sens tout de suite que, sans la chaleur du soleil, je me sens beaucoup mieux, et je bois moins. A partir du village de Maronne, je suis dans un fond de vallée, très plat, sur plusieurs km. Les nuages disparaissent, mais je peux courir à l’ombre des maisons ouvrières qui jalonnent la route. Je suis bien, pour la première fois depuis mon départ de Saint-Germain-en-Laye… Au village de Houlme, km 8,5, je songe à prendre mon 1er Coca dans un bar, mais la patronne a une sale tête et je ne lui demande que de l’eau pour ma petite gourde. Et je repars. Un peu plus loin, au village de Malaunay, les choses se compliquent, à nouveau je suis en plein soleil et je dois grimper sur plusieurs km avant d’atteindre un plateau à nouveau couvert par des champs. Et c’est reparti sous le cagnard. Heureusement, il y a de l’air – un air marin, frais, assez fort, qui me fait comme un ventilateur et qui me permet de ne pas être en surchauffe comme la veille. Du coup, je me sens mieux et ma foulée est moins lourde. Mais je suis bientôt à court d’eau et je ne croise aucun village sur la route. J’entre dans une sorte d’entrepôt (de réparation de voitures, quelque chose comme ça) où je demande au seul ouvrier présent si je peux me ravitailler en eau dans les toilettes. Il me regarde d’un air amusé et me dit que oui, bien sûr… J’y reste 5-10 mn, à m’asperger d’eau et à faire le plein. Je repars. Ça va un peu mieux. Quelques km plus loin, à un croisement (km 15), je me mets à l’ombre d’un arbre pour me reposer car j’ai déjà bien mal aux jambes.

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Je repars. Longue, longue ligne droite le long de l’autoroute, qui monte et qui descend… Dans les descentes, je chante pour me donner du baume au cœur… Je ne croise aucun village. Je vise le village de Tôtes au km 28, où j’imagine qu’il y aura de quoi me ravitailler en eau. Je n’ai toujours pas mon Coca rituel…

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Après 2h45 de course, je parviens dans ce village – enfin ! Je m’arrête chez un traiteur (car je n’ai rien à manger et je n’ai avalé qu’un pain au chocolat + café à Rouen) où je prends une petite quiche Lorraine et surtout une salade piémontaise qui me fait très envie… Et puis une canette de Coca ! La patronne ne m’autorise pas à manger dans sa boutique (pourtant délicieusement climatisée) car elle a « du travail »… Elle m’indique un Intermarché à la sortie du bourg. J’y vais (en marchant) et je m’installe dans le hall d’entrée, au frais : en fait, je m’effondre par terre, vidé. Les clients qui entrent et sortent me regardent bizarrement. Puis je sors pour m’allonger sur une pelouse en plein soleil pour faire sécher mon maillot trempé de sueur.

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Je décide après cette longue pause (30 mn) de repartir pour 10 derniers km (je veux faire plus que la veille, par principe). Je me dis que 10 km passent vite, que ce n’est rien. En effet, les 2-3 premiers sont faciles, car j’ai mangé, bu, je suis (un peu) reposé. Mais bientôt la salade piémontaise se rappelle à mon bon souvenir… J’ai mal au ventre. Je ralentis un peu l’allure (et pourtant je ne vais pas vite). Je traverse le village de Bivile-la-Baignarde, où je croise des vaches et auxquelles je parle quelques minutes… Elles se retournent toutes une à une, viennent me voir. Je leur raconte mon périple. Elles semblent un peu ahuries par tant d’effort inutiles, alors qu’il suffit pour vivre de brouter tranquillement comme elles. Je repars. A nouveau une ligne droite qui n’en finit pas au milieu des champs. J’ai l’impression de ne plus avancer, j’ai mal aux jambes, je bénis chaque souffle d’air frais qui vient (encore) me freiner. Je vois le village de Belmesnil au loin. C’est là que je m’arrêterai. Je compte les paquets de 250 m, un par un.

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Je traverse le village, je vois une station-service au loin, je sais que ce sera pile le km 38. Je m’accroche. Je le rejoins en jetant mes dernières forces. Je le dépasse de 100 m, pour faire exactement 38 km !… C’est fini. Un panneau de signalisation indique « Dieppe, 19 km ». En théorie, ce n’est rien, 19 km, mais à ce moment-là ça me fait l’effet de 100 km…

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J’achète une bouteille de San Pellegrino, dont je vide la moitié en 2 mn. J’ôte mon sac à dos qui me lacère le bas du dos depuis 3 jours (malgré pansements et crème anti-frottement), j’ôte mon maillot trempé comme une serpillère et me fais sécher un peu au soleil. Je veux être à peu près présentable pour faire de l’auto-stop. J’enfile ma chemise “civile” et tends le pouce. Au bout de 10 mn sans succès, je comprends que Dieppe est encore loin, et Paris n’en parlons pas… Finalement, un jeune type me prend et me dépose 2-3 km plus loin, à l’entrée de la Nationale. Et là, à nouveau, après 10 mn, un autre jeune me prend, très sympa. Les deux, à qui j’explique que je suis étonné que personne ne me prenne, me disent la même chose : « Oui, mais vous savez, avec tout ce qui se passe… » Bref, je suis à 18h30 sur le port de Dieppe. Je n’ai pas couru jusque là mais je suis content d’y être.

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Plage de Dieppe

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Je redécouvre Dieppe que je n’ai pas vu depuis enfant. Le port, la jetée, la grande plage de galets. Il y a une immense fête foraine entre la plage et le front de mer. Je déambule. Je marche. Je ne cours plus. Peu après, je suis installé seul au milieu de la rue piétonne du centre-ville, en train de manger un délicieux kebab… tandis que les boutiques ferment et que la rue devient déserte. Les mouettes hurlent au-dessus des toits. Une sorte de brume descend sur la ville. J’ai du mal à finir mon sandwich, je n’ai finalement pas très faim. Mais j’apprécie surtout mon délicieux Coca “cherry”…

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Un peu plus tard, je suis dans le train pour Paris. Je suis heureux, j’y suis “presque” arrivé. A une période moins chaude, je le referai peut-être… entièrement !

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